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Cet article est issu du dossier «Ces femmes qui ont marqué l'histoire de l'Afrique»

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Politique

Tunisie : Radhia Haddad, « la présidente des femmes »

Détail de la couverture de l'autobiographie de Radhia Haddad, "Parole de femme". © DR

Dans la lutte pour la libération du pays mais aussi dans celle pour les droits des femmes, une figure emblématique a marqué l’histoire tunisienne : celle de Radhia Haddad. Portrait de cette militante qui n’hésitait pas à tenir tête à Bourguiba.

À Tunis, non loin de la célèbre avenue Habib Bourguiba, une rue se distingue des autres : en août 2012, elle est devenue la première (et la seule depuis) à porter le nom d’une femme dans la capitale, celui de Radhia Haddad. Une consécration qui rend hommage au travail de cette militante, qui a dédié sa vie à l’amélioration de la condition féminine en Tunisie.

Membre du Néo-Destour puis du Parti socialiste destourien (appellations successives de l’ancien parti unique fondé par Habib Bourguiba) entre 1652 et 1972, mais aussi présidente de l’Union nationale des femmes tunisiennes (UNFT) depuis sa création jusqu’en 1972, elle est l’une des premières femmes tunisiennes à avoir marquer le paysage politique après l’indépendance.

Un militantisme qui commence très jeune

La rencontre de Radhia Haddad avec le féminisme s’est faite à ses douze ans, lorsqu’après de brillantes études primaires, ses parents l’empêchent d’aller au collège. Encore à cet âge, sa famille lui impose le port du voile. Née dans une famille bourgeoise d’intellectuels à Tunis en 1922, c’est à ce moment là qu’elle découvre le plafond de verre qui pèse sur les femmes dans son pays.

Elle continue néanmoins à prendre des cours de langue arabe à domicile et à lire tout ce que son frère Hassib Ben Ammar, le futur homme politique et militant des droits de l’homme, rapporte avec lui du collège.

Radhia Haddad fut l’une des premières femmes parlementaires en Afrique et dans le monde arabe

Très vite politisée, elle s’impose comme un interlocuteur écouté dans le domaine de la politique au sein de sa famille et s’engage dans la vie associative et politique. Elle adhère d’abord à l’Union des femmes musulmanes de Tunisie et participe au mouvement national en assistant les militants dans leur lutte contre le protectorat français.

Elle est mariée à dix-huit ans à son cousin maternel. Celui-ci lui voue un grand respect dès le début de leur relation et il encouragera notamment sa décision d’enlever le voile à vingt-cinq ans.

Son combat après l’indépendance

Radhia Haddad réalise à juste titre l’opportunité rêvée pour les droits de femmes que constituait le Code du statut personnel (CSP) du 13 août 1956, alors qu’elle est âgée de 34 ans. Promulgué après l’indépendance, ce texte inscrit des libertés jusque là inédites dans le monde arabe. Dans Parole de femme, son autobiographie parue en 1995, elle y écrit que, sans l’action de Habib Bourguiba, « aucune réforme radicale n’aurait pu réussir. Je crois que ce sera son plus grand mérite devant l’Histoire, car si tous les pays ont fini, un jour ou l’autre, par se débarrasser de la domination étrangère, aucun, et surtout aucun pays arabo-musulman, n’a osé une révolution sociale d’une telle ampleur ».

C’est dans ce contexte que Radhia Haddad devient l’une des premières femmes parlementaires en Afrique et dans le monde arabe, en siégeant comme députée de la circonscription de Tunis entre 1959 et 1974.

 Je suis le président des hommes et vous la présidente des femmes, lui dira Bouguiba

Au sein de l’UNFT, qu’elle préside pendant une quinzaine d’années, elle effectue un travail de terrain indispensable pour accompagner le renouveau juridique du Code.

Elle milite par exemple pour l’alphabétisation des femmes mais aussi pour leur indépendance financière. Bourguiba lui déclare même : « Je suis le président des hommes et vous la présidente des femmes ».

Radhia Haddad, la résistante

Pour la militante, le combat pour l’émancipation des femmes allait de pair avec la démocratisation de la vie politique. C’est ainsi qu’avec la tournure autoritaire que prend le régime de Bourguiba dans les années soixante-dix, Radhia Haddad décide de prendre ses distances avec lui.

Suite à la crise sociale des années 70, elle rejoint le groupe des « démocrates » fondé par Ahmed Mestiri au sein du PSD. Dans Parole de femme, Radhia Haddad raconte comment après cet épisode, Bourguiba qu’elle avait longtemps admiré s’était retourné contre elle, la maltraitant en public et la traînant devant les tribunaux sous des prétextes futiles. Un comportement qui poussera Radhia Haddad à se retirer définitivement de la vie politique.

Pendant sa retraite, elle préfère se consacrer à sa petite maison d’édition, Elyssa, du nom de la reine phénicienne et fondatrice légendaire de Carthage. Décédée en 2003, Radhia Haddad aura non seulement contribué à l’avancement des droits des femmes en Tunisie, mais elle lui aura aussi donné son actuel chef du gouvernement, son petit-fils, Youssef Chahed.

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