Sécurité

Attaques de Ouagadougou : des soupçons de complicités dans l’armée

Un soldat burkinabè à proximité de l'état-major de Ouagadougou, cible d'une attaque ce vendredi 2 mars. © REUTERS/Anne Mimault

L'enquête sur la double attaque de Ouagadougou le vendredi 2 mars progresse. Dimanche, deux jihadistes présumés dont un soupçonné d'avoir joué un rôle clé était entendu par la justice du Burkina Faso qui soupçonne des complicités dans l'armée.

L’homme dont la nationalité n’a pas été révélée a été arrêté vendredi dans les heures qui ont suivi les attaques coordonnées contre l’état-major des armées burkinabè et l’ambassade de France à Ouagadougou, a déclaré une source gouvernementale.

Il est soupçonné d’avoir participé à l’attaque de l’état-major général de l’armée et pourrait même être « un cerveau » de l’opération, a-t-on ajouté.

Un deuxième homme a été arrêté et était interrogé, mais les soupçons pesant sur lui sont moins forts que sur le premier, a indiqué cette source sans autre précision.

Les attaques ont fait huit morts et plus de 80 blessés parmi les forces de sécurité, ainsi que neuf jihadistes tués, selon un dernier bilan. Elles ont été revendiquées samedi soir par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) lié à Al-Qaïda disant agir en représailles à une opération militaire française antijihadiste au Mali.

D’autres assaillants « jihadistes ont peut-être pu s’enfuir » après l’attaque de l’état-major, situé dans le quartier très fréquenté du grand marché de Ouagadougou, selon la source gouvernementale.

Les autorités ont de « très forts soupçons » qu’il y ait « des infiltrés dans l’armée » qui ont renseigné les jihadistes pour l’attaque de l’état-major, a ajouté la source burkinabè.

L’explosion de la voiture piégée qui a précédé l’assaut a totalement détruit une salle de réunion, située en façade du bâtiment, où devait se tenir une réunion de l’état-major de la force antijihadiste du G5 Sahel. La réunion a été changée de salle au dernier moment, évitant un carnage.

« Au sein de l’état-major »

« Ils avaient une connaissance des habitudes et pratiques courantes au sein de l’état-major, ce qui explique la facilité avec laquelle ils y ont accédé par son accès de service, situé au dos de l’entrée principale », avait expliqué samedi une autre source gouvernementale.

La plupart des assaillants identifiés étaient burkinabè, et un était étranger, selon des sources sécuritaires. Ceux qui ont mené l’assaut contre l’état-major portaient des uniformes de l’armée, autre indice d’une possible complicité interne.

Les enquêteurs se demandent si l’attaque contre l’ambassade de France n’était pas une « diversion » avant l’attaque contre l’état-major.

Située dans la zone des représentations diplomatiques, l’ambassade de France est très bien protégée. La tentative s’est d’ailleurs soldée par la mort des quatre jihadistes qui n’ont pu pénétrer dans l’enceinte diplomatique, a aussi expliqué la source gouvernementale.

Arrivée d’enquêteurs français

Dans sa revendication, le GSIM dit avoir agi « en réponse à la mort de plusieurs de ses dirigeants dans un raid de l’armée française dans le nord du Mali il y a deux semaines ».

Le GSIM est une organisation jihadiste regroupant depuis un an plusieurs entités du Sahel liées à Al-Qaïda. Il est dirigé par le malien Iyad Ag Ghaly, chef d’Ansar Dine.

Une importante équipe d’enquêteurs français est arrivée samedi à Ouagadougou pour prêter main forte à la justice burkinabè.

Dirigée par un procureur de la section antiterroriste du parquet de Paris, l’équipe comprend des enquêteurs de la Sous-direction anti-terroriste, de la Direction générale de la sécurité intérieure et de la police scientifique, selon des sources judiciaire et policière françaises.

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