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Cet article est issu du dossier «Offensive diplomatique turque en Afrique : les enjeux de la tournée d'Erdogan»

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Diplomatie

Pétrochimie, agriculture… En Algérie, Erdogan signe sept protocoles d’accords bilatéraux

Recep Tayyip Erdogan, à gauche, et Abdelaziz Bouteflika, à droite, à Alger, le 27 février 2018. © Kayhan Ozer/AP/SIPA

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a commencé sa tournée africaine ce lundi par l'Algérie, son premier partenaire commercial sur le continent. Au menu, une rencontre avec son homologue algérien et la signature d'accords de coopération. En revanche, l'inauguration de la mosquée Ketchaoua, présentée comme un point culminant de la visite, a été annulée.

C’est aux côtés d’Emine, son épouse, vêtue de noir et coiffée d’un foulard orangé, que Recep Tayyip Erdogan est arrivé, lundi 26 février en fin de journée, à Alger, première étape d’une tournée africaine qui l’a ensuite conduit en Mauritanie et au Sénégal, et qui s’achèvera au Mali. Accueilli à l’aéroport Houari-Boumédiène par Abdelkader Bensalah, le président du Conseil de la nation, le chef de l’État turc est allé se recueillir devant le Mémorial du Martyr, avant de s’entretenir en tête-à-tête avec Ahmed Ouyahia, le Premier ministre algérien, à l’hôtel Sheraton.

Erdogan n’était pas en terre inconnue, puisqu’il s’agissait de sa quatrième visite en Algérie. La première remonte à mai 2006, lorsque, un an après avoir reçu le président Abdelaziz Bouteflika à Ankara, celui qui n’était encore que Premier ministre s’était rendu à Alger pour y signer un accord d’amitié et de coopération. Le volume des échanges commerciaux atteignait alors 2 milliards de dollars. Ils plafonnent aujourd’hui à 3,5 milliards.

Deux autres voyages d’Erdogan, en juin 2013 et en novembre 2014, avaient contribué à consolider cette entente. L’accord portant sur la livraison annuelle de 4 milliards de mètres cubes de gaz naturel, signé en 1995, avait été prorogé en 2014 pour une durée de dix ans, faisant de l’Algérie le quatrième fournisseur de gaz de la Turquie après la Russie, l’Iran et l’Azerbaïdjan.

La Sonatrach investit dans une usine de transformation en Turquie

Certes, Alger reste le deuxième partenaire commercial d’Ankara en Afrique, après l’Égypte. Certes, les 800 entreprises turques installées en Algérie emploient 28 400 personnes. Mais, comme l’a déploré le président Erdogan ce lundi 26 février, ces échanges restent en deçà de ses espérances, qu’il situe à 10 milliards de dollars. Des carences qu’il ne s’est pas privé d’imputer à la lourdeur du système algérien, citant ses barrières à l’importation et sa lenteur dans la délivrance des visas aux ressortissants turcs. Un brin impatient, il a appelé à la finalisation d’un accord, « depuis longtemps en discussion » entre les deux pays, sur la promotion et la protection des investissements.

De leur côté, les autorités algériennes ont souligné, par la voix du Premier ministre Ouyahia, et, avant lui, d’Abdelkader Messahel, le ministre des Affaires étrangères, venu le 22 février à Ankara en éclaireur, qu’ils attendaient des Turcs qu’ils diversifient leurs investissements et s’intéressent, outre aux hydrocarbures, à des secteurs dotés de potentiel, comme l’agriculture, les technologies ou les énergies renouvelables.

Sonatrach et deux firmes turques s’engagent à investir 1 milliard de dollars dans le secteur de la pétrochimie sur le site de Yumurtalik

Dans la soirée du 26 février, et alors qu’un gâteau d’anniversaire était offert à Erdogan (qui fêtait ce jour-là ses 64 ans), sept protocoles d’accords bilatéraux ont été signés. Aux termes du principal d’entre eux, l’entreprise nationale algérienne Sonatrach et deux firmes turques, Rönesans et Bayegan, s’engagent à investir 1 milliard de dollars dans le secteur de la pétrochimie sur le site de Yumurtalik, une zone franche proche d’Adana, dans le sud de la Turquie. L’usine devrait produire 450 000 tonnes de polypropylène par an, Sonatrach fournissant la matière première.

Rencontre avec Abdelaziz Bouteflika

Les autres accords de coopération portent sur l’agriculture, le patrimoine culturel commun, les hydrocarbonés, les échanges universitaires et la turcologie (entre l’Institut Yunus Emre et l’université Sétif 2).

Le lendemain, le président turc a assisté, avec Ahmed Ouyahia, à un forum réunissant 800 hommes d’affaires (600 Algériens et 200 Turcs). Au chapitre des déceptions, il n’a finalement pas pu inaugurer la mosquée Ketchaoua, un édifice de l’époque ottomane situé dans la casbah d’Alger et restauré grâce aux fonds de la TIKA, l’agence turque de développement. Une inauguration à laquelle il tenait particulièrement et que son entourage avait présentée comme le point culminant de sa visite. Seule son épouse Emine s’est rendue sur place, le mardi 27 février, en profitant pour visiter le mausolée du théologien Sidi Abderrahman et-Thaâlibi et le musée national du Bardo, construit sous Barberousse.

Le président turc a néanmoins été reçu par son homologue Abdelaziz Bouteflika, dans sa résidence de Zeralda, en présence d’Ahmed Ouyahia, d’Abdelkader Messahel et de Youcef Yousfi, le ministre de l’Énergie et des Mines. Outre les échanges économiques, la situation du Moyen-Orient a été évoquée (statut de Jérusalem, imbroglio libyen, dossier syrien), Alger rappelant son attachement « au respect de l’intégrité territoriale des États et à la tenue d’élections indépendantes », pendant qu’Erdogan saluait les « 500 ans d’amitié » qui lient la Turquie et l’Algérie, « îlot de stabilité » dans une région troublée.

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