Transport maritime

Aboubaker Omar Hadi : « Il n’est pas question que DP World reste actionnaire du terminal à conteneurs de Djibouti »

Le Doraleh Container Terminal (DCT), terminal à conteneurs de Djibouti, en janvier 2015. © Vincent Fournier/JA

La décision, annoncée le 22 février par les autorités publiques, de résilier le contrat de concession de DP World avec le terminal à conteneurs de Doraleh (DCT), provoque une véritable lame de fond dans les bassins djiboutiens. Aboubaker Omar Hadi, le président de l’Autorité des ports et zones franches de Djibouti, revient sur les dessous de cette décision.

Le gouvernement djiboutien a annoncé le jeudi 22 février dernier sa décision de mettre un terme au contrat qui le lie à l’émirati DP World, gestionnaire du terminal à conteneurs de Doraleh.

Si le pouvoir dubaïote a depuis annoncé avoir saisi la Cour d’arbitrage de Londres, Aboubaker Omar Hadi, le président de l’Autorité des ports et zones franches de Djibouti, explique les dessous de cette décision à Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Le communiqué publié le 22 février dernier par le ministère de l’Équipement et des Transports justifie la résiliation du contrat avec l’émirati DP World en parlant de contrat à caractère léonin. Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?

Aboubaker Omar Hadi : Je tiens déjà à rappeler que, contrairement à ce que déclare Dubaï dans son communiqué, le contrat de concession signé en 2007 n’était pas un BOT [Build, Operate and Transfer, ndlr], mais un joint-venture, réunissant le port de Djibouti, qui détient 66,6 % du capital, et DP World, à hauteur de 33,4 %.

Le DCT a été créé avec un capital de 133 millions de dollars, dans lequel nous avons investi 87,78 millions de dollars et les Dubaïotes, 45,22 millions de dollars. Les 268 millions de dollars supplémentaires, nécessaires à la construction du terminal, ont été empruntés par le joint-venture.

Le pacte d’actionnaires nous interdit de construire d’autres ports dans le pays, sans l’accord de Dubaï

Malgré notre position majoritaire, le contrat ne nous octroyait que 33,4 % du droit de vote au sein du conseil d’administration et la quasi-obligation de voter comme notre partenaire.

De plus, le pacte d’actionnaires nous interdit de construire d’autres ports dans le pays, sans l’accord de Dubaï. Il nous empêche même de décharger des conteneurs ailleurs que sur le DCT, pendant toute la durée de la concession.

Comment la direction du port a-t-elle pu signer un tel contrat ?

À cette époque, le président de l’Autorité des ports et zones franches était Abdourahman Boreh, aujourd’hui soupçonné de corruption et de détournement de fonds publics lorsqu’il occupait cette fonction.

Le contrat n’a pas été signé entre deux parties, mais par une seule, puisque Boreh travaillait en tant que consultant pour DP World

Notre argumentaire, devant la Cour internationale de justice de Londres, reposait justement sur le fait que le contrat n’a pas été signé entre deux parties, mais par une seule, puisque Boreh travaillait en tant que consultant pour DP World.

Mais Londres n’a pas voulu juger le litige commercial et s’en est strictement tenu aux termes du contrat.

Pourquoi une telle décision, maintenant ?

Depuis six ans, nous tentons de renégocier ce contrat. Sans succès. En février, nous leur avons proposé de racheter leur participation dans DCT. Ils étaient sur le point d’accepter, mais à la condition que nous ne développions aucun autre port sur le territoire.

C’était une attaque caractérisée contre notre souveraineté et c’est la raison pour laquelle nous avons décidé de procéder à cette résiliation, comme nous l’autorise la loi du 8 novembre 2017.

Les équipes du port ont repris la gestion du terminal et nous allons ouvrir les négociations pour indemniser l’opérateur. Car nous allons payer pour son départ.

Il n’est pas question que, dans un tel contexte, DP World reste actionnaire du DCT.

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