Elections

Guinée : journée ville morte à Conakry à l’appel de l’opposition

Des policiers lors d'affrontements avec des partisans de l'opposition, le 12 février 2018 à Conakry. © Reuters

Ce lundi a été décrété « journée ville morte » à Conakry et dans ses environs par l'opposition guinéenne, qui conteste les résultats des élections communales donnant la victoire au RPG, le parti au pouvoir, et exige un nouveau scrutin. Des manifestations ont démarré dans plusieurs quartiers.

Des manifestants ont pris la rue, dans plusieurs quartiers de Conakry, ce lundi matin, répondant ainsi à l’appel à une « journée ville morte » lancé vendredi par une partie de l’opposition, qui remet en cause les résultats des élections communales du 4 février dernier, donnant la victoire au RPG-Arc-en-Ciel, le parti au pouvoir.

L’appel a notamment été suivi à Ratoma, fief de l’opposition dans la banlieue de Conakry. La circulation est complètement coupée au niveau des rond-points Cosa et Bambeto, sur l’autoroute Le Prince sur l’axe Hamdalaye-Bambéto-Cosa-Cimenterie. Un important dispositif sécuritaire a été déployé, comptant policiers et gendarmes, selon des témoins présents sur place. Les manifestants ont érigé des barrières sur les voies.

D’autres sources font état de barricades et de pneus brûlés sur la voie également à Kipé, un quartier habituellement calme de la banlieue nord de Conakry. Au contraire, le calme règne sur l’autoroute Fidel Castro, dans le sud de Conakry.


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L’UFDG et le Bloc libéral affichent leur « unité retrouvée »

DR / Capture d’écran Facebook / UFDG

La décision de lancer l’appel à la « journée ville morte » a été annoncée par une partie de l’opposition rassemblée vendredi 23 février, au QG de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) du chef de file Cellou Dalein Diallo. « La paix sociale coûte plus chère que la reprise des élections », a martelé ) cette occasion Faya François Bourouno, porte-parole du Parti de l’espoir pour le développement national (PEDN) de l’ancien Premier ministre Lansana Kouyaté.

L’opposition accuse le gouvernement d’avoir utilisé les moyens financiers et matériels de l’État pour influencer le scrutin. La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et ses démembrements sont accusés, quant eux, d’avoir été « complices » de « l’utilisation abusive de procurations pendant les opérations de vote ».

Toutes les institutions ont échoué : en commençant par le gouvernement, la Ceni et ses démembrements

« Apparemment, partout où l’opposition était en avance, consigne a été donnée d’annuler les résultats des bureaux de vote concernés. La Ceni attend la fin des travaux des CACV [Commission administrative de centralisation des votes, NDLR] pour envoyer un communiqué, comme pour se dédouaner, pour que cette élection ne soit pas annulée », s’est insurgé le leader du Bloc libéral, Faya Millimouno, porte-parole de l’opposition.

Pour lui, « toutes les institutions ont échoué : en commençant par le gouvernement, la Ceni et ses démembrements. Mais là où la déception est la plus grande, c’est lorsque ceux qui devaient dire le droit ont échoué. Lorsqu’un magistrat dénie la justice à un justiciable, c’est qu’il est un criminel en puissance, parce qu’il pousse ainsi les gens à l’affrontement ».

Faya Millimouno affirme que l’opposition est « en train d’établir une liste exhaustive de tous les magistrats qui ont fait échouer la République » : « Ce sont des messieurs qui ne doivent pas porter la robe, nous exigerons leur destitution. » Autre départ réclamé par l’opposition, celui « de la Ceni, elle doit s’en aller ».

L’opposition exige par ailleurs la publication des « vrais résultats partout sur le territoire national ».

C’est pour obtenir satisfaction sur ces revendications qu’il a été décidé de lancer « une série de manifestations commençant par une journée ville morte à Conakry et ses environs, ce lundi 26 février », a annoncé Faya Millimouno, qui assure que la démarche se fait « dans une unité retrouvée » de l’opposition.

Son parti, le Bloc libéral, avait pris ses distances suite à la signature de l’accord politique du 12 octobre 2016 entre le pouvoir et l’opposition. Il précise également s’être éloigné de l’opposition républicaine, un collectif dirigé par l’UFDG, mais assure avoir dans le même temps « entamé des démarches pour reconquérir l’unité de l’opposition guinéenne ».

Hormis le retour du Bloc libéral, arrivé quatrième à la présidentielle de 2015 et qui a glané quelques sièges lors des élections communales du 4 février, la conférence commune du vendredi 23 février, a vu l’arrivée autour de l’UFDG, principal parti d’opposition, de plusieurs autres partis moins influents sur l’échiquier politique national, parmi lesquels Génération pour la réconciliation, l’unité et la prospérité (GRUP), de l’ancien ministre Papa Koly Kourouma, ou encore l’Union démocratique de Guinée (UDG), de l’homme d’affaires Mamadou Sylla.

L’UFR prend ses distances

Emilie Régnier pour JA

Nous n’avons pas été associés à la tenue de la réunion et nous avons une démarche différente

Absence notable, cependant, lors de cette prise de parole commune : l’Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré. Ce dernier, Haut représentant d’Alpha Condé, a également un membre de son parti qui siège au gouvernement – au ministère de l’Élevage – et le secrétaire exécutif de l’UFR, Baïdy Aribot, est deuxième vice-gouverneur de la Banque centrale de guinée depuis novembre 2017.


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L’UFR continue cependant de se réclamer de l’opposition, et Sidya Touré n’a pas été tendre, en dénonçant les « irrégularités du scrutin » communal, dont il souhaite également la reprise. Son parti n’est toutefois « pas solidaire » de la déclaration de l’opposition et de l’appel à la « journée ville morte ». « Nous n’avons pas été associés à la tenue de la réunion [de vendredi, NDLR] et nous avons une démarche différente », a confié à Jeune Afrique un membre du parti.

Le Parti de l’espoir pour le développement national (PEDN) de Lansana Kouyaté étaient également absent lors de la réunion de l’opposition et n’est « pas un parti qui assume les décisions des autres », a précisé son porte-parole, Faya François Bourouno. Et pour cause : son parti n’a été informé « qu’à une demi-heure de la rencontre »… Néanmoins, Faya François Bourouno « condamne la manière dont les fraudes ont émaillé les élections », avant de conclure que « la paix sociale coûte plus chère que la reprise des élections ».

Les Nouvelles forces démocratiques (NFD) de Mouctar Diallo et l’Union des forces du changement (UFC) de l’ancien porte-parole de l’opposition, Aboubacar Sylla, manquaient également à l’appel. Ces deux formations sont en froid avec l’UFDG, leur ancien allié.

La Ceni se défend, le RPG accuse l’opposition de vouloir « le désordre »

Diawo Barry pour Jeune Afrique

Si c’est le départ de la Ceni qui peut garantir la paix dans le pays, tant mieux

Le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), Amadou Salif Kébé, n’a pas souhaité « apporter de commentaire politique » à la sortie médiatique de l’opposition. « On nous a dit au début, que ces élections étaient les meilleures organisées en Guinée. Techniquement, elles ont été inclusives », pose-t-il d’emblée. Mais l’implication de son institution « prend fin le jour du scrutin », tient-il à préciser : « La suite échappe à la Ceni. Ce sont les magistrats qui gèrent le processus de centralisation ».


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Quant aux demandes de l’opposition d’obtenir le départ de la Ceni, Amadou Salif Kébé répond : « Si c’est le départ de la Ceni qui peut garantir la paix dans le pays, tant mieux. »

Mohamed Fofana, de la Cellule de communication du RPG Arc-en-ciel, dit ne pas être surpris des demande de l’opposition. « Le projet de l’opposition, c’est d’entretenir le désordre dans le pays. Il y a des voies de recours pour contester les résultats. C’est la justice qui est habilitée à juger et à trancher les contentieux ». Et pour lui, « le fair-play politique implique l’acceptation de la défaite ».

« À Mamou, le recours du RPG a été rejeté par la justice. Cellou Dalein Diallo qui est le chef de file de l’opposition s’en est félicité. S’il perd ailleurs, il doit l’accepter. C’est cela être républicain », insiste Mohammed Fofana, avant de préciser que « la Ceni n’est ni la propriété du président Alpha Condé, ni celle du RPG. Elle émane de la classe politique et de la société civile. Si elle a échoué, c’est l’échec de tout le monde, y compris celui des représentants de l’opposition au sein de l’institution. Je demande à l’opposition de se ressaisir ».

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