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Politiques spatiales : le Maroc veut mettre « l’espace au service des pays émergents »

Le premier satellite marocain est le résultat d'un contrat signé en 2013 entre le Maroc et la France dans le plus grand secret. © YouTube/You-News TV

Le Maroc accueillera, au printemps 2019, une conférence mondiale sur « l’espace au service des pays émergents », organisée par International Astronautical Federation (IAF). L'objectif : influer sur les politiques spatiales pour qu'elles prennent en compte les défis auxquels l'Afrique est confrontée.

Jean-Yves Le Gall, président du Centre national d’études spatiales (CNES) et actuel président de l’International Astronautical Federation (IAF) a ouvert le 13 février le « chapitre africain » de la seconde édition de l’International Space Forum – organisé à Nairobi par l’IAF, l’agence spatiale kényane (KSA) et l’agence spatiale italienne (ASI) –  en annonçant que le Maroc accueillera au printemps 2019 une conférence internationale portant sur « l’espace et les pays émergents ».

L’objectif fixé par l’IAF est « d’impliquer davantage les universités dans la définition des politiques spatiales pour qu’ils répondent aux défis mondiaux auxquels l’Afrique est confrontée », citant notamment la protection de l’environnement, la surveillance du changement climatique ou encore le développement de l’enseignement supérieur, la paix, la sécurité et la gestion des ressources naturelles.


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L’espace, « opportunité de développement »

Cette stratégie, définie par le « chapitre africain », a été adjointe aux engagements pris dans le « Trento Space Statement », adopté en 2016 en Italie lors d’une rencontre entre ministres, experts et représentants d’institutions de 35 pays.

Le document souligne également que « les disciplines spatiales représentent une opportunité de développer des connaissances scientifiques en Afrique, ce qui contribuera à atteindre l’autosuffisance [alimentaire] de l’Afrique et à atteindre les buts de l’Agenda 2063 [adopté à Addis-Abeba en 2015 lors de la 24ème session ordinaire de la Conférence de l’UA, ndlr]. »

Valanathan Munsami, directeur de l’Agence spatiale sud-africaine, qui préside le groupe de travail de l’Union africaine sur l’espace, a fait écho à ces engagements, en appelant les pays africains à « exploiter les technologies spatiales dans la lutte contre la sécheresse et les retombées du changement climatique ».

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Rabat se fait une place

Et si c’est à Nairobi que la conférence du 13 février s’est tenue, cela ne doit rien au hasard. Si le Kenya a été choisi, c’est le fruit du lobbying mené par Raychelle Omamo, qui dirige le secrétariat pour la Défense, dans un pays où les technologies spatiales sont notamment utilisées dans le domaine de la défense.

Mais en plus du Kenya et de l’Afrique du Sud, deux poids lourds du secteur spatial africain et cités comme étant des références par Jean-Yves Le Gall, le Maroc se fait définitivement une place sur la carte africaine des pays qui comptent dans le domaine.

Le président de l’International Astronautical Federation était en effet en déplacement à Rabat, début février. Selon nos sources, c’est Abdellatif Loudiyi, le ministre délégué auprès du chef du gouvernement chargé de l’Administration de la Défense nationale, qui lui aurait fait savoir que Mohammed VI invitait l’IAF à tenir à Rabat une conférence mondiale au printemps prochain. Avec pour thème « l’espace au service des pays émergents », cette rencontre se situera dans la ligne de la stratégie développée par le « chapitre africain ».

Le 8 novembre 2017, le Maroc, dont la politique spatiale revient en grande partie à la Défense et repose sur deux institutions, le Centre royal de télédétection spatiale (CRTS) et le Centre royal d’études et de recherches spatiales (CRERS), a mis en orbite un premier satellite de télédétection, le Mohammed VI-A.

Un lancement qui fait suite au contrat conclu en 2013 entre Rabat et Paris, portant sur l’achat par le Maroc d’un système de télédétection appelé Pléiades, qui permet un usage civil ou militaire. Sur son site, le CNES se présente comme « maître d’œuvre de l’ensemble du système Pléiades ».

Rabat, dans sa volonté de participer pleinement à l’innovation dans le secteur spatial en Afrique francophone dispose d’un atout. Le royaume héberge en effet depuis vingt ans le Centre régional africain des sciences et technologies de l’espace en langue française (Craste-lf), dirigé par un Marocain, Anas Emran. Une instance onusienne qui forme des ressortissants de pays africains francophones à divers aspects du domaine spatial.

Une formation longue durée est justement en cours, en ce moment, sur la télédétection et la sécheresse. Un enjeu majeur pour le continent. L’intérêt des fonctionnaires marocains pour cette discrète institution onusienne risque bien de s’accroître…

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