Vie des partis

Maroc : le MUR, aile idéologique du PJD, entame sa mue pour se déconnecter de la politique

Le chef du gouvernement marocain Saadeddine El Othmani (g.) et son prédécesseur Abdelilah Benkirane lors d'un meeting pour les législatives en septembre 2016. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Le Mouvement unité et réforme (MUR) annoncera de nouveaux statuts en août prochain, durant son Congrès national, notamment pour interdire le non-cumul des mandats de ses dirigeants. Le mouvement prend ses distances avec le PJD, sans s'en écarter complètement.

C’est une mutation d’envergure que prépare le Mouvement unité et réforme (MUR) à l’occasion de son Congrès national, prévu du 3 au 5 août prochain. Les personnalités présentes devront plancher sur la réforme des statuts de leur mouvement afin d’interdire le cumul des mandats pour les personnes qui sont à la fois des dirigeants du MUR et du Parti justice et développement (PJD), leur vitrine politique.

« L’idée est que les membres des instances décisionnelles du MUR (bureau exécutif et Majliss Achoura) ne puissent pas avoir d’autres responsabilités au sein du Parti justice et développement », explique Faical Bakkali, membre du bureau exécutif du MUR. De cette manière, ceux qui veulent faire de la politique seront dissociés de ceux qui veulent faire de la prédication.

Le MUR entend devenir strictement « un mouvement de prédication et d’actions éducatives et culturelles »

Les « frères » du MUR planchent aussi sur le toilettage de leurs statuts afin d’en extirper toutes les expressions liées au salafisme et aux perceptions archaïques de la religion pour aller vers un islam ouvert sur le monde. Le MUR entend devenir strictement « un mouvement de prédication et d’actions éducatives et culturelles ».

Le PJD dos au MUR

Fondé par Abdelilah Benkirane en 1996 sur les vestiges de groupuscules islamistes non reconnus à l’époque, le MUR a toujours été considéré comme une pépinière, une sorte d’école idéologique par laquelle transite la majorité des membres du PJD. C’est aussi une base de prédication tentaculaire qui a permis au parti islamiste de s’ancrer dans la société, à travers un tissu d’associations très actives dans les zones pauvres du Maroc.

Cette relation étroite avec le MUR avait permis au PJD d’élargir son électorat mais a fini aussi par créer un mélange des genres subversif aux yeux du pouvoir. Certains leaders du MUR, comme Ahmed Raïssouni, connus pour leur ton frontal, ne se gênaient pas de faire des sorties irrévérencieuses à l’égard du régime ou parfois même de contredire les choix du parti politique auquel ils étaient adossés malgré son accès au pouvoir.

Lors du prochain Congrès, toutes les personnes qui ont une double casquette PJD/MUR devront en choisir une, une seule

À cela, s’est ajouté une affaire de mœurs survenue le 20 août 2016, en pleine préparation électorale pour les législatives. Ce jour-là, deux vice-présidents du MUR, Omar Benhammad et Fatima Nejjar, avaient été arrêtés par la police judiciaire pour « adultère ».

L’affaire avait été perçue comme un scandale, y compris au sein du PJD, dont certains membres avançaient discrètement la thèse « d’une machination » politique pour décrédibiliser leur parti à la veille des élections. Dans l’embarras, le MUR, dirigé par Abderrahim Chikhi (ancien membre du cabinet de Abdelilah Benkirane), avait alors annoncé que les deux tourtereaux allaient quitter ses rangs.

Prendre ses distances

En réalité, même si le MUR se dit loin de toute action politique, il entretient des relations très étroites avec le PJD, y compris au niveau institutionnel. Son bureau exécutif compte deux ministres du PJD : Mohamed Yatim, ministre de l’Emploi, et Mustapha El Khalfi, porte-parole du gouvernement. En 2016, son ancien président, Mohamed El Hamdaoui, toujours membre de son bureau exécutif, a été élu député à Larache sous les couleurs du PJD. Il en est également membre du Conseil national.

« Lors du prochain Congrès, toutes les personnes qui ont une double casquette PJD/MUR devront en choisir une, une seule », explique-t-on au sein du MUR. Cette décision concerne uniquement ceux qui siègent dans les instances décisionnelles. Les membres lambda qui n’ont aucune responsabilité officielle peuvent garder leur double appartenance.

Le MUR veut se préserver de la politique politicienne

Cette règle de non-cumul figure déjà dans les statuts actuels du MUR mais elle n’a jamais été respectée à la lettre. En août, il est prévu qu’elle soit appliquée de façon plus intransigeante car le MUR veut « se préserver de la politique politicienne et se consacrer entièrement à sa mission de prédication et de rayonnement socio-culturel ». En filigrane, les frères prédicateurs veulent aussi garder leur liberté de ton vis-à-vis du pouvoir.

Benkirane, futur numéro 1 ? 

En déclenchant cette réforme, le MUR montre qu’il a été rattrapé par la guerre des clans au sein du PJD entre les pro-Benkirane et les ministres embrigadés derrière leur chef, Saadeddine El Othmani. Depuis plusieurs mois, les « frères » marocains étalent leurs dissensions au grand jour. Écarté du pouvoir mais toujours soutenu par sa base, Abdelilah Benkirane continue de lancer des piques à ses adversaires au point d’indisposer les ministres de son parti.

Le profil d’Abdelilah Benkirane est intéressant, mais il faudra qu’il se calme et cela, j’en doute

Il cherche à rebondir mais se heurte au mur du gouvernement dirigé par son parti. Dans une déclaration au journal arabophone « Akhbar Al Yaoum », le président du MUR, Abderrahim Chikhi, a laissé entendre que l’animal politique pourrait lui succéder lors du prochain Congrès. « Le profil est intéressant, mais il faudra qu’il se calme et cela, j’en doute. Benkirane a du charisme. Il a encore des choses à dire en politique », commente un membre du MUR.

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