Politique

Mali : comment l’opposition se met en ordre de marche pour la présidentielle de 2018

Dernier rallye du candidat Soumaïla Cissé à Bamako avant le jour du vote, le 9 août 2013. © Emilie Regner pour Jeune Afrique

Du siège de l’opposition aux QG des différents partis politiques engagés pour le changement de gouvernance en 2018, l’heure est aux préparatifs et chacun peaufine son plan. Un seul mot d’ordre : « L’alternance en 2018 pour sauver le Mali ».

« Sur le plan politique, il y a un déficit avec le pouvoir en place, qui n’arrive à maintenir le dialogue ni avec la société civile, ni avec l’opposition, ni avec les mouvements signataires de l’accord de paix. C’est une situation qui ne fait qu’aggraver les choses. » Soumaïla Cissé, chef de l’opposition malienne et président de l’Union pour la République et la démocratie (URD), principal adversaire d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) en 2013, ne décolère pas.

« L’accord de paix n’avance pas, alors que son application était censée se terminer dans les 24 mois après la date de sa signature [le 20 juin 2015]. Il n’y a pas de vision pour ce pays et pour preuve, nous en sommes au cinquième Premier ministre depuis l’arrivée de ce pouvoir en 2013. »

Un plan d’action en trois points

À Bamako, Soumaïla Cissé est loin d’être le seul à décrier la gouvernance d’Ibrahim Boubacar Keita. Ils sont trente-deux leaders de partis politiques à s’être engagés « pour l’alternance de pouvoir ». « La gouvernance de IBK nous mène droit vers le gouffre. Nous avons l’impression qu’il n’y a personne au gouvernail », dénonce Modibo Sidibé, président du mouvement FARE AN KA WILI, et ancien Premier ministre.

« Le pays est menacé, l’échec du président est patent. C’est impératif qu’il y ait une nouvelle direction à la sortie des prochaines élections », lance de son côté l’opposant Tiébilé Dramé, leader du Parena.

« Ce n’est pas une question d’homme, en réalité, mais nous voulons nous attaquer à tout ce système qui est aujourd’hui dépassé. L’homme malien a changé et il faut changer pour mieux répondre à ses besoins », dit Moussa Mara, président du parti Yelema et ancien Premier ministre d’Ibrahim Boubacar Keïta.

Au Mali, comme à l’extérieur du pays, l’opposition se prépare plus que jamais à ce rendez-vous électoral de 2018. Et pour parvenir à provoquer l’alternance, elle a un plan d’action axé sur trois points. « Dans un premier temps, on va mettre en réseau tous ceux qui sont pour l’alternance. Dans un second temps, nous allons travailler à un programme, qui sera le ciment entre tous ceux qui souhaite cette alternance », expose Tiébilé Dramé.

La candidature unique, pierre d’achoppement

« Dans un troisième temps, il nous faudra voir comment parvenir à cette alternance. [Opterons-nous pour] une seule candidature ? Ou est-ce qu’il en faut plusieurs ? », s’interroge de son côté Soumaïla Cissé.

« On ne peut pas aller a l’alternance juste pour faire l’alternance. On veut y aller pour sauver le Mali et rassurer les partenaires et les voisins du pays », martèle pour sa part Modibo Sidibé.

Si les deux premiers points de la stratégie font l’unanimité au sein de cette vaste alliance, le troisième, en revanche, suscite des divergences. Dans le camp des sympathisants de Soumaïla Cissé et de Tiébilé Dramé, c’est la stratégie de la candidature unique qui est défendue. Au contraire, chez les partisans de Modibo Sidibé et Moussa Mara, on plaide pour plusieurs candidatures issues des rangs de l’opposition.

« L’opposition est plurielle, et il y a plusieurs pôles qui peuvent présenter un candidat », argue Modibo Sidibé, leaders du Nouveau pôle politique de la gauche républicaine et démocratique (NPP), auquel plusieurs partis ont adhéré. Même son de cloche dans le camp de Moussa Mara, qui défend le pôle « Nouvelle voie pour le Mali, leadership, gouvernance, décentralisation ».

Cadre de dialogue avec le gouvernement

Au-delà des divergences sur la stratégie, l’opposition se retrouve sur une chose : l’importance d’un cadre de dialogue permanent entre ses composantes, la majorité et le gouvernement – qui est en charge d’organiser les élections. « Pour tenir des élections transparentes, nous avons depuis janvier dernier un cadre de discussion de quinze personnes, composé de quatre membres de l’opposition, de quatre membres de la majorité, de quatre membres de l’administration et de trois membres du gouvernement », explique Soumaïla Cissé.

Ce cadre d’échanges tient des rencontres deux fois par semaine, le lundi et le jeudi. Ses membres discutent du fichier électoral, des cartes d’électeurs, des bulletins de vote, de l’organisation des bureaux de vote… Sauf que l’opposition se plaint du peu d’entrain de la majorité. « Elle a boudé les deux dernières rencontres », regrette Soumaïla Cissé.

Si le chemin est encore long d’ici aux élections, les leaders de l’opposition sont sûrs d’une chose : le gouvernement est obligé d’organiser les deux tours du scrutin en juillet et en août. Dans le cas contraire, le président Ibrahim Boubacar Keïta risquerait de plonger le pays dans une situation de vide constitutionnel. La loi fondamentale malienne est en effet muette dans l’éventualité où l’élection présidentielle ne se tiendrait pas dans les délais prévus.

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