Politique

Législatives au Gabon : la confusion règne dans l’opposition

Jean Ping à Paris, en juillet 2017 © Vincent Fournier pour Jeune Afrique

Neuf partis politiques de la Coalition pour la nouvelle République de Jean Ping ont publié un communiqué jeudi pour annoncer qu'ils ne participeront pas aux élections législatives prévues en avril. Une prise de position qui vient ajouter à la confusion qui règne au sein de l'opposition à deux mois du scrutin.

Participer aux législatives pour tenter de démontrer que l’opposition est majoritaire ou boycotter le scrutin pour ne pas légitimer le pouvoir d’Ali Bongo ? À quelques semaines de l’élection programmée en avril, l’opposition semble plus que jamais ne pas avoir trouvé de réponse unanime à cette question. C’est ce que montre le communiqué publié jeudi par neuf partis politiques, parmi la quinzaine appartenant à la Coalition pour la nouvelle République (CNR), formée en 2016 autour de Jean Ping, qui se revendique toujours président élu.

Les partis signataires de la déclaration, lue par l’ex-ministre Vincent Moulengui Boukosso, ont annoncé leur refus de prendre part au scrutin « que le pouvoir tient absolument à organiser (…) avec la participation de l’opposition pour légitimer le régime dont Ali Bongo restera le maître absolu », explique le communiqué.

« La lutte pour la conquête des sièges à l’Assemblée nationale est une manière de détourner l’attention du peuple gabonais, et de son président démocratiquement élu [statut appliqué à Jean Ping par ses partisans depuis la publication des résultats de l’élection d’août 2016, NDLR] de leur objectif principal, à savoir : le rétablissement de la vérité des urnes et la prise de pouvoir », poursuit le document.

Démenti

Jean Ping, lui, ne s’est pas encore prononcé sur la stratégie a adopter. Dans le même temps, la CNR peine à parler d’une seule voix et le communiqué semble ne pas avoir arranger les choses. Vendredi, un démenti signé par Jean Eyeghe Ndong, président de la Conférence des présidents de la Coalition a précisé que « le document intitulé « Point de presse N°02/15022018 », n’engage nullement la CNR, ni aucune de ses instances », ajoutant que le débat sur la question de la participation au scrutin était « toujours en cours ».

Ce qui est évident aujourd’hui, c’est que les membres de la CNR ont du mal à parler à s’entendre sur la stratégie

« Cette déclaration a surpris tout le monde », explique Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, porte-parole de la CNR. « Pour l’instant certains partis sont d’accord pour y aller, d’autres non, mais c’est toute l’ambiguïté d’un communiqué comme celui d’hier [jeudi] avec l’entête CNR. Ils ne peuvent pas s’exprimer au nom de la coalition. Ce qui est évident aujourd’hui, c’est que les membres de la CNR ont du mal à parler à s’entendre sur la stratégie », concède-t-il.

Des soutiens de Jean Ping déjà déclarés

Certains soutiens de Jean Ping ont d’ailleurs déjà fait part de leur intention de briguer un siège à l’Assemblée. Guy Nzouba‑Ndama, ancien du Parti démocratique gabonais (PDG) au pouvoir, candidat à la présidentielle finalement rallié à Jean Ping avant le scrutin de 2016, fait partie de ceux-là.

Depuis plusieurs mois, celui-ci a pris un peu de distance avec l’ancien présidentiable et a lancé en mars 2017 son propre parti, Les Démocrates, avec lequel il s’est déclaré candidat aux législatives début janvier.

« Les membres de la coalition sont libres, ce n’est pas un ensemble toujours uniforme, c’est normal qu’il y ait des divergences », explique-t-il, convaincu que les législatives sont, pour l’opposition, un moyen d’occuper à nouveau le terrain. « Nous avons raté le coche avec le boycott de 2011. Faire campagne est toujours plus efficace que de rester dans le contentieux politique », ajoute cette figure incontournable de l’opposition.

Autre soutien de Jean Ping en 2016, Casimir Oyé Mba affiche lui aussi ses ambitions. Mais, en coulisse, les divisions semble de plus de plus ancrée. « Les Démocrates ont dit qu’ils y allaient, l’Union nationale aussi, ça nous semblait normal de donner nous aussi notre position. Nous ne parlons pas d’une seule voix, mais nous ne pouvons pas rester silencieux », commente Vincent Moulengui Boukosso.

« S’ils voulaient mettre Jean Ping dans l’embarras ils n’auraient pas pu s’y prendre mieux », confie une source proche de l’ancien candidat à la présidentielle, avant d’ajouter que ce dernier « devrait s’exprimer rapidement pour clarifier sa position sur le sujet ».

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