Tunisie : démission du gouverneur de la Banque centrale, au centre d’une procédure de révocation

Par - à Tunis

Chedly Ayari, dans son bureau, au siège de la banque centrale de Tunisie, en mai 2017. © Ons Abid pour Jeune Afrique

Alors que le Premier ministre tunisien, Youssef Chahed, avait entamé le 7 février une procédure de révocation à l’encontre du gouverneur de la Banque centrale tunisienne, Chedly Ayari, ce dernier n’a pas attendu la fin de la procédure et a présenté sa démission ce mercredi.

Ce jeudi 15 février, un vote en séance plénière de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) de Tunisie devait statuer sur le maintien ou pas de Chedly Ayari à la tête de la Banque centrale tunisienne (BCT), après la procédure lancée le 7 février par le Premier ministre, Youssef Chahed.

Mais le gouverneur a devancé le verdict des élus en présentant, ce mercredi 14 février, sa démission lors d’une audition de la Commission des analyses financières (CTAF), qu’il préside, par la commission des finances de l’Assemblée. En préparation de la plénière, cette séance devait permettre aux députés d’obtenir des éclaircissements sur le classement de la Tunisie le 7 février par l’Union européenne (UE), sur la liste des pays à haut risque en matière de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme.

C’est mesquin, c’est petit, c’est vil. Je suis dégoûté, je ne reste pas

Un précédent classement du Groupe d’action financière (Gafi), le 5 décembre, qui considérait la Tunisie comme juridiction à haut risque a largement concouru à la décision de l’UE – même si le pays a depuis été retiré de cette liste noire. Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, avait alors désigné Chedly Ayari comme responsable d’une situation grave pour la Tunisie, en demandant que l’ARP entérine son limogeage.

Règlement de comptes

« C’est mesquin, c’est petit, c’est vil. Je suis dégoûté, je ne reste pas », a déclaré Chedly Ayari pendant son audition devant la commission des finances, avant de prendre tout le monde de court en annonçant sa démission et de la remettre, dans la foulée, à Youssef Chahed. Une démission qui devra ensuite être validée par le président Béji Caïd Essebsi, comme le veut la Constitution.

Mais au préalable, pendant quatre heures, le gouverneur de la BCT a dressé avec les directeurs de la CTAF un bilan des actions entamées. Ceux qui attendaient des révélations fracassantes auront été déçus, néanmoins Chedly Ayari, sans se départir de son devoir de réserve, a réglé ses comptes. Il a démontré, documents à l’appui, les progrès de la Tunisie qui remplit 27 sur 40 des critères du Gafi et les responsabilités dans le traitement de ce dossier des différents gouvernements depuis 2015.

Au lieu de limoger le gouverneur de la Banque centrale, le chef du gouvernement aurait dû démissionner

En répondant aux questions des députés, il a également souligné que le gouvernement Chahed avait été alerté à plusieurs reprises sur les mesures, législatives et réglementaires, qu’il lui incombait de prendre pour se conformer aux recommandations du Gafi. Les élus ont souligné les défaillances du gouvernement dans la gestion de cette affaire, d’autant que la CTAF a montré avoir saisi la justice sur de nombreux dossiers de blanchiment, pour lesquels seul un jugement a été rendu.

Marouane Abassi devrait être confirmé à la tête de la BCT ce 15 février

« Un gouvernement qui ne prête pas attention aux questions très sensibles n’est pas apte à gouverner. Et voilà, nous en sommes dans une situation lamentable. Et c’est au gouvernement d’assumer la plus grande part de responsabilité dans le blacklistage de la Tunisie. Au lieu de limoger le gouverneur de la Banque centrale, le chef du gouvernement aurait dû démissionner. Il est important d’ouvrir une enquête pour déterminer qui sont les vrais responsables », a asséné Mongi Rahoui, président de la commission des Finances de l’ARP, à l’issue de la séance d’audition.

Chedly Ayari, par ailleurs critiqué sur sa politique monétaire, quitte ses fonctions ; mais les conditions dans lesquelles s’effectue ce départ suscitent un malaise, semant le doute sur la gouvernance d’une institution nationale et indépendante.

Quant à la séance plénière prévue pour ce 15 février, elle est maintenue et devrait confirmer Marouane Abbassi comme nouveau gouverneur de la BCT.

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