L’agence Moody’s dégrade la note souveraine du Kenya

Par Jeune Afrique

Le Kenyatta International Conference Centre, à Nairobi. © Jonathan Stonehouse, Flickr

« Érosion des performances fiscales » et explosion de la dette. Ce sont les deux principales raisons qui ont poussé les analystes de l'agence de notation Moody's à dégrader mardi la note souveraine du Kenya, passée de B1 à B2.

L’agence de notation Moody’s a annoncé mardi 13 février qu’elle avait dégradé la note du Kenya de B1 à B2, à la suite d’un processus entamé le 2 octobre dernier.

Les analystes soulignent en effet une « érosion des performances fiscales » et des « risques de liquidité croissants ». Les analystes pointent notamment une augmentation de la dette publique de 5 points entre l’année fiscale 2016-2017 (56 % du PIB) et l’année fiscale 2017-2018 (61 %). Celle-ci devrait même atteindre 61 % du PIB en 2018-2019. À titre de comparaison, ce taux n’était que de 41 % en 2011-2012.

Le pays s’est lancé dans un vaste plan de développement des infrastructures, qui, avec le ralentissement de la perception des taxes, a fait grimper les déficits (5,3 % en 2016-2017) et creusé la dette. Et l’agence de notation ne prévoit pas d’amélioration de ce côté-là : ses prévisions font état d’un déficit de plus de 4 % pour les deux prochaines années. Quant au service de la dette, qui représentait 13,7 % du PIB en 2012-2013, il est passé à 19 % en 2017-2018, et devrait s’établir à 20 % en 2018.

Des réformes qui risquent d’être insuffisantes à court terme

Selon l’agence, une réforme fiscale sera une étape clé pour atteindre les objectifs du gouvernement à moyen terme, tout comme les efforts entrepris pour la rationalisation et la modernisation des dépenses publiques, mais ne pourra avoir un impact sur les performances à court terme. Moody’s craint même que la réforme fiscale prévue ne soit pas suffisante pour inverser le processus d’érosion des performances fiscales.

« Le gouvernement continuera à faire face à des pressions sur les liquidités, à cause de ses importants besoins en financement et de sa dépendance croissante à l’égard de sources de financement dont les coûts seront de plus en plus difficiles à anticiper. »

À B2, les risques restent mesurés, assure toutefois Moody’s

Alors qu’une crise politique, émaillée par des violences, a suivi la réélection contestée du président sortant Uhuru Kenyatta, le 26 octobre 2017, Moody’s ne semble pas considérer la probabilité de nouvelles tensions socio-politiques, mais s’inquiète en revanche de la concomitance de l’échéance des dettes de plusieurs pays subsahariens, qui risquent donc de chercher à se refinancer au même moment.

Une économie relativement forte et diversifiée

À B2, « les risques restent mesurés », assure toutefois l’agence de notation, qui a attaché à sa notation la perspective « stable », et ne prévoit donc pas une nouvelle dégradation dans l’immédiat.

Les analystes précisent que Nairobi reste une économie relativement importante et diversifiée, avec un potentiel de croissance qui tourne autour de 6 ou 6,5 %, ce qui lui permet d’absorber les chocs. De plus, le Kenya a un marché de capitaux relativement important et un secteur financier mature.

Mais la décision de Moody’s pourrait peser sur le cours des banques locales, dont les emblématiques Equity Bank et Kenya Commercial Bank, et le coût de leurs opérations de marché risque de se renchérir.

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