Mondial 2022 au Qatar : qui sont les principaux dirigeants du foot africain accusés de corruption ?

Présentation de la maquette du stade Al-Shamal lors d'une exposition à Dubai, le 28 avril 2010. © AFP

Selon le "Sunday Times", le Qatari Mohamed Bin Hammam, ex-membre du Comité exécutif de la Fifa, a versé d'importants pots-de-vin aux dirigeants du football africain pour s'assurer leur soutien en vue de l'organisation de la coupe du monde 2022. "Jeune Afrique" a relevé pour vous les principales personnalités africaines impliquées dans cette vaste affaire de corruption. 

Mis à jour le 02/06/2014 à 18H41.

L’enquête du Sunday Times sur l’attribution du Mondial 2022 au Qatar est une bombe pour le football africain. Selon le journal britannique, le riche émirat gazier a versé des pots-de-vin à la quasi-totalité des dirigeants de fédérations africaines pour gagner leur soutien en vue de l’organisation du plus gros évènement sportif de la planète.

Pendant plus de deux ans, de juin 2008 à décembre 2010, le haut responsable qatari Mohamed Bin Hammam aurait distribué des centaines de milliers de dollars aux gouvernants du football continental. Objectif : les rallier à la candidature de son pays pour l’organisation de la coupe du monde 2022. Le Sunday Times indique être en possession de milliers de courriels et d’autres documents attestant de présumés versements d’argent. Une première série, publiée sur le site du journal, comporte des noms africains biens connus des amateurs de ballon rond : Issa Hayatou, Jacques Anouma, ou encore George Weah.

D’après le journal londonien, Bin Hammam, alors membre du Comité exécutif de la Fifa et président de la Confédération asiatique, se servait de caisses noires pour financer son circuit de corruption. Ces importantes sommes d’argent étaient directement remises, en cash ou par virement bancaire, aux dirigeants des fédérations africaines. Elles pouvaient aussi servir à des voyages tout frais payés en Malaysie ou au financement de soirées caricatives sur le continent.

Jeune Afrique a lu l’enquête de ses confrères britanniques avec attention. Voici une synthèse des principales personnalités du football africain mentionnées dans cette vaste affaire de corruption qatarie.

  • Anjorin Moucharafou

L’ex-président de la Fédération béninoise de football et membre du comité éxécutif de la CAF aurait fait partie, avec 24 autres dirigeants africains, d’un premier voyage tout frais payés organisé par Bin Hammam en juin 2008 à Kuala Lumpur, en Malaysie. D’après le Sunday Times, environ 200 000 dollars en cash ont été distribués aux invités. À l’issue du voyage, le lobbyiste qatari aurait ordonné à son équipe de faire un virement direct à Moucharafou et trois autres délégués africains.

  • Lydia Nsekera

L’ex-présidente de la Fédération burundaise et première femme membre du comité éxécutif de la Fifa aurait quant à elle fait partie d’un second voyage payé par Bin Hammam à Kuala Lumpur, en octobre 2008. Les quarante invités, tous issus du continent, auraient chacun reçu 5 000 dollars à leur arrivée. Ils auraient aussi trouvé un sac Nike remplis de cadeaux dans leurs chambres d’hôtel cinq étoiles.

  • Général Seyi Memene

Selon le Sunday Times, le général togolais Seyi Memene, vice-président de la CAF, a reçu un virement de 22 400 dollars de la part de Bin Hammam pour financer un pélerinage à La Mecque avec sa femme en novembre 2008.

  • Seedy Kinteh

En juin 2009, Seedy Kinteh, président de la Fédération gambienne de football, participe au congrès annuel de la Fifa à Nassau, au Bahamas. Mohamed Bin Hammam est également présent pour poursuivre son entreprise de séduction autour du Mondial qatari. Le Sunday Times affirme que au Kinteh a envoyé un mail à Bin Hammam après le Congrès. "Comme nous l’avons évoqué aux Bahamas, j’ai de nouveau vraiment besoin de votre aide fraternelle. Je vous joins donc les coordonnées bancaires complètes que vous pouvez utiliser pour n’importe quel virement". Une dizaine de jours plus tard, le Gambien aurait fait parvenir un nouveau courriel à son "ami" qatari pour le remercier d’un virement de 10 000 dollars. Le journal britannique fait également état d’un autre virement de 50 000 dollars, effectué cette fois depuis le compte de la fille de Bin Hammam.

  • Saïd Belkhayat

Saïd Belkhayat, ex-vice président de la Fédération royale marocaine de football, aurait lui aussi bénéficié des faveurs de Bin Hammam. Le Sunday Times publie un échange de mail dans lequel il fournirait ses coordonnés bancaires personnelles à Najeeb Chirakal, bras droit de Bin Hamman. Ni le montant ni le but de la dépense ne sont toutefois précisés.

  • Issa Hayatou, Jacques Anouma et Amos Adamu

Issa Hayatou, tout-puissant président camerounais de la CAF, Jacques Anouma, président de la fédération ivoirienne, et Amos Adamu, celui de la fédération nigériane, auraient été eux aussi au centre des attentions de Mohamed Bin Hammam. Et pour cause : ces trois hommes sont alors membres du comité éxécutif de la Fifa et doivent voter, en décembre 2010, pour l’organisateur de la coupe du monde 2022.

D’après le Sunday Times, un des premiers contacts entre ces trois dirigeants de premier plan et le lobbyiste qatari remonte à décembre 2009, lors d’un nouveau voyage tous frais payés réunissant 35 présidents de fédérations africaine à Doha, au Qatar.

Quelques jours avant l’arrivée de Hayatou, Anouma et Adamu dans l’émirat gazier, trois virements de 400 000 dollars provenant du fonds "Fifa goal programme", contrôlé par Bin Hammam, auraient été versés aux fédérations camerounaise, ivoirienne et nigériane. Un autre virement de 400 000 dollars aurait également été accordé à la fédération ivoirienne pour l’année 2010. Après ce séjour des dirigeants africains à Doha, le comité de candidature du Qatar annonce début janvier 2010 un accord exclusif d’un million de dollars pour parrainer le congrès annuel de la CAF à la fin du mois en Angola.

En juin 2010, Hayatou, Anouma et Adamu se rendent en Afrique du Sud pour la coupe du monde. Présent à Johannesburg, Mohamed Bin Hammam aurait ordonné à son staff de payer les notes de ses invités. C’est ainsi qu’Hayatou aurait reçu une soixantaine de billets pour un montant total de 3 800 dollars et que près de 10 000 dollars auraient été payés pour le "diner et les chambres des membres du comité éxécutif". Dans les semaines qui suivent, Bin Hammam aurait ensuite mis le jet de l’émir du Qatar à disposition de Hayatou, Anouma et Adamu pour les rencontrer en privé à Doha ou au Caire.

  • George Weah

"Mister George" n’est pas président de fédération mais il est une figure influente du football africain. D’après le journal britannique, il a également profité des largesses qataries. Lors du congrès annuel de la CAF, fin janvier 2010, en Angola, l’ancien attaquant libérien aurait envoyé un mail à Najeeb Chirakal, bras droit de Bin Hammam. "Je vous écris parce qu’après notre discussion, le président (Bin Hammam, NDLR) m’a dit de vous envoyer en urgence mes coordonnées et mon relevé d’identité bancaire". Début février, dans un autre échange de mail, Chirakal affirmerait qu’un montant de 50 000 dollars a été versé sur le compte personnel de Weah.

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Benjamin Roger