RD Congo : le festival Amani invite Témé Tan pour porter un message de paix

Le chanteur belge d'origine congolaise Témé Tan lors de l'edition 2017 du festival des Francofolies, en France. © SADAKA EDMOND/SIPA

Plus de 30 000 festivaliers sont attendus du 9 au 11 février à Goma, dans l'est de la RDC, pour l'édition 2018 du festival Amani. Grand amateur de rumba congolaise, Témé Tan, jeune belgo-congolais, est l'un des temps forts de ce week-end. Rencontre.

Ce dimanche 11 février, Témé Tan, muni de sa petite guitare et accompagné de son équipe, se produira sur la grande scène du festival Amani, événement musical de trois jours, du 9 au 11 février. Avec sa musique électronique, latine et africaine, il souhaite apporter la joie et le plaisir à Goma, avec un objectif en tête : montrer le vrai visage de la région du Kivu, une partie de l’Afrique très souvent au cœur de violences, au-delà des images véhiculées par les médias. Bien qu’isolée aux confins de la RDC, Goma se veut proche des pays frontaliers et un lieu de plaisir, de paix et du vivre ensemble.

Au terme de la dernière édition, en 2017, les organisateurs projetaient ainsi de faire du festival Amani une « sorte de festival itinérant », pour porter le message de la paix ailleurs dans la région du Kivu.

Et l’artiste Témé Tan semble incarner parfaitement cet objectif.

Morceaux en Swahili

Pour son passage sur scène ce dimanche 11 février, Témé Tan s’est entouré d’une équipe de musiciens locaux. Présent depuis plusieurs jours à Goma, il a ainsi enchaîné les répétitions quotidiennes avec Elikya, chanteur ; Héritier, guitariste et Ali et Lwanzo, percussionnistes. « J’ai une grande affinité avec la musique du Congo, j’ai d’ailleurs découvert Ferre Gola à Goma, qui est vraiment terrible et je me suis dit que c’était l’occasion de travailler avec des artistes gomatraciens ! »

Le fait que 12 000 personnes se réunissent pour passer un bon moment au festival Amani va de pair avec la paix

En seulement quelques jours, les musiciens ont réussi à adapter certains morceaux de l’album – sorti en octobre 2017 – en fonction des propositions de chacun. « Ils m’impressionnent tous et Héritier, le soliste, m’a apporté de belles idées harmoniques, j’aimerais qu’il participe à mon second disque », souligne l’artiste.

Pour le festival, certaines parties ont ainsi été traduites en Swahili. « On a fait un remix de ma chanson Ça va pas la tête, en réfléchissant à ce que nous pourrions chanter à la place en Swahili ».

 

Témé Tan, « Tanguy », de son vrai prénom, a ainsi choisi de chanter ce dimanche Sote Pamoja Amani (« Tous ensemble pour la paix »), pour ce festival qui promeut la paix dans la région des Grands-Lacs. « Pour moi, le fait que 12 000 personnes se réunissent pour passer un bon moment au festival Amani va de pair avec la paix parce que pendant ce temps-là, personne ne pense à faire la guerre », explique Tanguy, optimiste et souriant.

Un clip à Goma

Mais l’artiste ne s’arrête pas là. Outre son live au festival Amani, Tanguy profite également de son passage à Goma pour capturer de belles images de la région afin de créer le clip de sa chanson Matiti, récit de son enfance au Congo, qui représente aussi un hommage à sa grand-mère congolaise Matinda Timbika Nzambi Verstraete.

Mélange astucieux d’images d’archives et de plans du lac Kivu et de ses alentours, l’artiste souhaite montrer aux occidentaux le vrai visage de la région du Kivu. « La nature est magnifique ici, les gens sont souriants et entreprennent des projets pour aller de l’avant », analyse le routard aguerri.

Enfance à Kinshasa

Si l’artiste est aussi engagé, c’est qu’il est né à Kinshasa. Arrivé en Belgique à l’âge de 6 ans, il a néanmoins conservé des souvenirs intacts de son enfance au Congo : « Il y avait de la musique tout le temps chez moi et nous dansions beaucoup dans les réunions de famille. Outre la musique et l’importance de la danse, ce que je retiens très fort de mon enfance est l’omniprésence de la nature », explique Tanguy, qui évoque « une nature imposante et mythologique, qui avait tous ses droits ».

 

Il se souvient également de ses vêtements en pagne, confectionnés par sa maman, qui étaient très colorés et de son arrivée en Belgique : « Ça a été vraiment dur pour mes frères et moi. Je regardais tout le temps des photos de notre enfance à Kinshasa, j’écoutais les récits de mes oncles et tantes et cela m’a permis d’entretenir mes souvenirs et de les garder. Les souvenirs sont plus forts quand tu es déraciné ».

C’est un pays que je porte dans mon cœur !

Tous ces souvenirs parcourent sa musique, ainsi que ceux de ses voyages, notamment en Espagne lors de son année Erasmus, mais également au Brésil. L’artiste, globe-trotteur dans l’âme, enregistre alors au dictaphone des bruits particuliers pour les intégrer dans ses morceaux. « Quand j’ai commencé à apprendre la guitare, j’ai retenu des accords que j’ai entendu dans la Bossa Nova, un genre musical brésilien ».

En 2015, Tanguy retourne à Kinshasa afin de jouer dans le célèbre festival de théâtre « Ça se passe à Kin ». Si ce retour aux racines l’a beaucoup touché, sa présence à Goma aujourd’hui lui permet d’appréhender davantage son pays d’origine : « C’est un pays que je porte dans mon cœur ! »

Une chose est sûre : Témé Tan est l’un des temps forts de ce festival.

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