Tanzanie – RDC : l’ex-colonel John Tshibangu extradé vers Kinshasa, après six ans de traque

Des soldats congolais près de Goma, dans l'est de la RDC, le 25 octobre 2013. © Kay Joseph/AP/Sipa

Arrêté fin janvier à l'aéroport de Dar es-Salaam, en Tanzanie, l'ex-colonel congolais John Tshibangu, recherché par la RDC depuis 2012, a été transféré ce lundi à Kinshasa. Son entourage dit « craindre pour sa sécurité physique ».

C’est la fin d’une cavale qui aura duré près de six ans. Après  l’annonce fracassante de sa désertion de l’armée congolaise mi-août 2012, l’ex-colonel John Tshibangu était devenu l’un des hommes les plus recherchés en RDC. D’autant que cet ancien chef d’état-major adjoint dans le Kasaï, au centre-ville, ne cachait pas ses intentions de vouloir « chasser » le président Joseph Kabila par les armes.

Le 18 janvier, John Tshibangu s’était de nouveau fait remarqué après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo dans laquelle il donnait un ultimatum de 45 jours à Joseph Kabila. « Trop, c’est trop ! » s’écriait-il au milieu de plusieurs menaces en tshiluba, une des quatre langues nationales en RDC.

Onze jours plus tard, l’ex-officier a été arrêté à l’aéroport de Dar es-Salaam, en Tanzanie. « Il s’y était rendu pour une mission privée, en provenance de Nairobi », confie à Jeune Afrique Thierry Kalumba qui se présente comme le « directeur de cabinet du colonel John Tshibangu ».

Contacté, un haut-cadre des Forces armées de la RDC a confirmé l’extradition ce lundi 5 février de John Tshibangu à Kinshasa. « Il est arrivé très tôt le matin, précise cet officier qui a requis l’anonymat. John Tshibangu a été sommairement auditionné par le service [des renseignements militaires]. »

Quelles sont les « connexions » de John Tshibangu ?

Selon cette source militaire proche du dossier, les autorités congolaises attendent du suspect qu’il « [fournisse] des réponses sur les questions en rapport avec le jeu des acteurs régionaux dans son complot. » L’année dernière, Kinshasa avait demandé à Bangui d’enquêter sur des liens entre des groupes armés issus de l’ex-Séléka et le mouvement politico-armé dirigé par John Tshibangu. À l’époque, des proches de l’ex-officier rebelle avaient même été arrêtés dans la capitale centrafricaine.

« John Tshibangu est officiellement logé dans le complexe hôtelier du renseignement militaire », indique notre source. « Il lui a été signifié son statut de détenu et devrait se préparer à répondre aux milliers des questions sur sa rébellion, ses démarches, ses contacts politiques, son réseau extérieur, y compris ses connexions avec des groupes islamistes », conclut-elle.

Nous exigeons que les autorités congolaises nous montrent John Tshibangu vivant

Dans l’entourage de John Tshibangu, personne n’était en mesure de confirmer l’extradition. « Pour l’instant, nous savons seulement qu’il a été tour à tour détenu au quartier général de la police et à l’état-major de l’armée tanzanienne et que son avocat n’a pas été autorisé à le voir », déplore Thierry Kalumba.

« Si son extradition se confirme, nous exigeons que les autorités congolaises nous montrent John Tshibangu vivant. Nous craignons sérieusement pour sa sécurité physique », poursuit son directeur de cabinet qui appelle à la mise en place d’une « procédure normale » devant les instances judiciaires militaires de la RDC.

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