Sport

Dans des prisons marocaines, un championnat d’Afrique de foot inédit

Dans une prison italienne, en juin 2017. © Gregorio Borgia/AP/SIPA

« Africa pour toujours », clame une banderole sur la porte d'entrée métallique et austère du centre pénitentiaire pour mineurs de Casablanca: ici se joue la finale d'un championnat d'Afrique des nations inédit « au profit des détenus africains au Maroc ».

Organisé en écho au CHAN-2018 qui se déroule actuellement dans ce pays d’Afrique du Nord, le mini-tournoi pénitentiaire réunit de jeunes prisonniers originaires d’une douzaine de pays africains.

Dans la cour de l’établissement, sur un terrain en dur entouré de hauts murs gris, le Cameroun et le Mali croisent le fer pour la troisième place.

Douze pays représentés

Sur une estrade aménagée pour l’occasion, des officiels de la Fédération royale marocaine de football et de la direction pénitentiaire, les deux promoteurs du tournoi, assistent à la rencontre.

Les drapeaux des douze pays représentés dans la compétition flottent sous les rouleaux de barbelé qui surplombent les murs.

Alignés en rang derrière les buts, quelques dizaines de mineurs du centre de détention donnent de la voix à pleins poumons, sous l’oeil vigilant des gardiens.

Ils reprennent avec frénésie les chants des ultras du Raja, l’un des deux grand clubs de football Casablanca, les rythmant avec des battements de derbouka.

Au bout d’une trentaine de minutes de jeu –durée officielle des matches de ce mini-tournoi– et de quelques tacles vigoureux, le Cameroun parvient à battre le Mali.

« On voulait jouer la finale mais on ne l’a pas mérité. On a quand même joué et gagné la petite finale, ça ne nous dérange pas », sourit Francis, le gardien de but de l’équipe des détenus camerounais.

Ce trentenaire à la carrure d’athlète purge une peine d’un an à la prison de Marrakech (ouest) pour une « faute »: « j’ai fait la bagarre en état d’ivresse », murmure-t-il.

Il tient à remercier « tout le staff technique » et le roi Mohammed VI « qui pense à nous les prisonniers africains ».

« Il a très bien parlé! », commente un employé de l’administration pénitentiaire chargé de rester à proximité des journalistes invités pour l’occasion.

« Exutoire »

Francis et ses compagnons laissent la place aux finalistes, le Maroc et la Guinée.

Abderrahmane, un Marocain de 29 ans qui purge une peine de dix ans pour meurtre, s’échauffe une dernière fois avant de « jouer pour le titre ».

Ce défenseur aux tacles rugueux est « heureux (…) de représenter son pays » en finale, confie-t-il à une équipe de l’AFP. « C’est un exutoire! », lâche ce gaillard dans sa tenue de footballeur rouge vif, qui tranche avec la grisaille ambiante.

Le tournoi a impliqué « plus de cent détenus africains, répartis dans quatre prisons », à Tanger (nord), Marrakech (sud), Agadir (sud) et Casablanca (ouest), les quatre villes qui ont accueilli le 5e Championnat d’Afrique des nations, détaille le chef du service social de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion du Maroc, Benacer Bennaissa.

Chaque « équipe nationale » a ainsi réuni pour l’occasion des détenus issus de ces quatre prisons. Selon le centre pénitentiaire où se tenaient les matches, les prisonniers-footballeurs ont été transférés pour pouvoir jouer ensemble.

75.000 détenus au Maroc

C’est le centre pour mineurs de Casablanca, adossé à la vaste prison pour adultes d’Oukacha, qui a été choisi pour accueillir les deux derniers matchs.

Le Maroc compte environ 75.000 détenus dans 77 centres de détention. Plusieurs sont surpeuplés, comme Oukacha qui compte 8.000 prisonniers pour 5.800 places, selon un récent rapport de l’Observatoire marocain des prisons.

Quand les joueurs marocains entrent sur le terrain pour la finale, l’accueil est triomphal et les détenus oublient un instant leur quotidien.

Main sur le coeur, tous chantent l’hymne national sous les applaudissement des spectateurs.

A la grande joie de ses supporters, l’équipe marocaine bat la Guinée, remporte la finale et se voit remettre la coupe par l’ancien international tunisien Adel Chadly, venu en invité d’honneur.

« Il y a des de vrais talents dans les prisons, des joueurs de haut niveau », s’extasie Abdelmoumen Cherif, un ancien joueur de foot d’un petit club local, membre du staff technique du tournoi et affilié à la Fédération marocaine de football.

Son souhait? Que le Maroc, qui joue la finale du « vrai CHAN » dimanche face au Nigeria, « soulève aussi la coupe ».

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