L’œil de Glez : « Integrity Idol », la starification contre la corruption

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Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’œil de Glez. © Glez / J.A.

Mercredi, une cérémonie était organisée à Abuja pour désigner le fonctionnaire nigérian présumé le plus honnête. Ou comment lutter contre les déviances professionnelles avec la carotte davantage que le bâton…

Ainsi, la probité et le goût du travail bien fait ne seraient plus la norme ! Ces comportements semblent devenus si exceptionnels qu’un programme télévisuel propulse les héros de l’intégrité au rang de stars médiatiques, voire d’idoles. À l’époque du tout classement, de l’évaluation permanente, de la hiérarchisation compulsive et surtout de la quête de célébrité fulgurante, la téléréalité vole à la rescousse des fonctions publiques vermoulues par la corruption.

Après le Pakistan, le Liberia, l’Afrique du Sud et le Mali, c’est le Nigeria qui vient de céder aux sirènes de la mise en lumière médiatique, en adaptant le concept « Integrity Idol », programme télévisé créé pour la première fois en 2014 et relayé, dans le pays le plus peuplé d’Afrique, par la structure « Accountability Lab Nigeria ».

Sélection nationale fastidieuse

C’est ce mercredi 31 janvier qu’était programmé, dans la capitale économique nigériane, la finale de ce concours d’honnêteté. Dans cette émission dont le titre rappelle « American Idol » – et qui en emprunte les codes comme le vote populaire par SMS -, pas de compétition de jonglerie, ni de reprises approximatives de succès de la chanson, encore moins de défilés en maillot de bain. Après une sélection nationale fastidieuse, la liste des candidats à la couronne du jour allait d’une enseignante de sociologie à un statisticien, en passant par un physiothérapeute, tous employés dans des services publics et potentiellement sujets à la tentation de la gangrène corruptive.

Si la starification d’un comportement qui devait aller de soi peut faire sourire les cyniques, elle apparaît un chemin étroit mais original vers le changement de mentalités. Dans son classement 2016 des pays africains selon des critères de perception de la corruption, Transparency international positionnait le Nigeria à la 28e place sur 50. Alors pourquoi ne pas opposer à une classification déprimante une classification galvanisante ? Pourquoi ne pas considérer que la répression au sommet est consolidée par une valorisation de la résistance quotidienne aux pratiques illicites banales ?

Le petit bakchich qui anesthésie la probité lambda est le meilleur allié du gros pot-de-vin qui achève la morale politique

La corruption est une hydre d’autant plus difficile à décapiter que le phénomène est majoritairement partagé, à tous les niveaux de la société. Bâillon suprême, le petit bakchich qui anesthésie la probité lambda est le meilleur allié du gros pot-de-vin qui achève la morale politique. Pourvu que les projecteurs télévisuels n’éblouissent pas le public au point de le rendre aveugle aux comportements des coulisses. Pourvu, surtout, que la couronne du fonctionnaire le plus honnête ne puisse pas un jour se monnayer…

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