Maha Issaoui, l’activiste tunisienne qui a intégré « par hasard » la délégation d’Emmanuel Macron à Tunis

Maha Issaoui et Emmanuel Macron, dans un avion à Orly le 31 janvier 2018. © DR / Capture d'écran Youtube

Une jeune scientifique et activiste tunisienne accompagne la délégation présidentielle française en Tunisie. Maha Issaoui a rencontré par hasard Emmanuel Macron quelques jours auparavant.

On parlait d’elle jusqu’à l’Élysée, la veille du départ du président français Emmanuel Macron à Tunis : « La jeune femme de Clermont-Ferrand. » Accompagnera-t-elle vraiment le président en Tunisie ces 31 janvier et 1er février  ? La question tournait dans les rédactions françaises… C’est que le 25 janvier, à 23 h 30, le chemin de la Tunisienne Maha Issaoui croise celui du président français qui s’offre alors dans les rues de la commune du centre de la France un bain de foule nocturne – et dûment médiatisé – au beau milieu des étudiants qui profitent de leur jeudi soir.

« Un véritable hasard »

« C’était un véritable hasard », jure-t-elle, alors qu’autour d’elle, certains veulent à tout prix croire à une rencontre organisée. « Je marchais dans la rue quand je suis tombé sur un petit groupe parmi lesquels le préfet du Puy-de-Dôme, que je connais. »

On peut en effet encore lire un article de La Montagne, journal local d’information, qu’en décembre 2017, Issaoui accompagnait le préfet Jacques Billant dans un lycée français pour parler de l’égalité entre les femmes et les hommes face à la science.

Un sujet qui parle à cette Tunisienne en troisième année de doctorat à l’Institut Pascal, relié au CNRS français, où elle « mène des recherches sur l’élastographie par ondes de cisaillement » et qui explique encore à Jeune Afrique : « Aujourd’hui, un de mes principaux engagements, c’est l’émancipation de la femme. » Entre deux poignées de main nocturnes, l’affaire est entendue : Maha Issaoui sera du voyage présidentiel en Tunisie.

Remarquée par les Français…

Maha Issaoui, tout juste trentenaire, n’est pas une pure inconnue. La native de Sidi Bouzid, fervente supportrice de la révolution, a déjà eu droit à un portrait dans le journal français Le Monde en 2011.

Amie du « pirate » et éphémère secrétaire d’État Slim Amamou, elle est passée par l’Union générale des étudiants de Tunisie (UGET) et a manifesté bruyamment sous la dictature pour obtenir une bourse, ce qui lui a valu des sanctions disciplinaires.

Issaoui avait d’ailleurs déjà suscité l’attention des Français. En 2011, elle avait été invitée par Boris Boillon, ce proche de Nicolas Sarkozy alors ambassadeur français à Tunis – qui depuis est empêtré dans une affaire judiciaire après avoir été interpellé avec une valise pleine de billets – en compagnie d’autres jeunes tunisiens pour une rencontre avec le ministre français des Affaires étrangères d’alors, Alain Juppé.

Le dossier de presse de l’Élysée sur la visite présidentielle présente encore Issaoui comme « co-fondatrice de l’association Karama ». Cette dernière, pensée pour soutenir le financement de micro-projets, elle n’en est plus membre active.

… draguée par les partis tunisiens

Issaoui n’en est pas moins restée dynamique. Très dynamique même. On retrouve encore son nom dans la presse régionale en 2017, quand elle participe au concours « Ma thèse en 180 secondes ».

En trois minutes, elle vulgarise devant le public le sujet de son travail universitaire. La jeune femme ne semble pas dissocier ses études et ses engagements. Son féminisme et son amour des sciences dures par exemple.

Au Monde, en 2011, elle confiait déjà que son rêve était d’ouvrir un centre de radiologie et d’analyses à Sidi Bouzid. Le journal pointait aussi du doigt que l’activiste, qui avait voté pour Moncef Marzouki aux premières élections présidentielles libres avait été draguée par au moins trois formations politiques tunisiennes.

Au téléphone, à Jeune Afrique, elle s’excuse de devoir écourter la conversation : elle est à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). On peut imaginer que plus encore qu’en 2011, l’accompagnatrice d’Emmanuel Macron va susciter l’intérêt de la classe politique tunisienne…

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