Macron en Tunisie : le pari de l’enseignement supérieur

Le président tunisien Béji Caïd Essebsi, accueilli par le président français Emmanuel Macron pour une réunion à l'Elysée à Paris, le 12 décembre 2017. © Michel Euler/AP/SIPA

Si la délégation présidentielle française qui atterrira mercredi à Tunis comptera peu de grands patrons, Emmanuel Macron sera en revanche accompagné de poids lourds de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Wassim Béji, producteur de cinéma, Anissa Daoud, actrice, Hafiz Dhaou, chorégraphe… La délégation qui accompagnera le président français Emmanuel Macron pour son déplacement à Tunis ce mercredi 31 janvier semble fortement marquée par la « société civile ». La patte, sans doute, de l’ambassadeur français à Tunis, Olivier Poivre d’Arvor, amoureux de culture et proche de Sarah Toumi, entrepreneuse sociale très médiatisée et membre du Conseil présidentiel pour l’Afrique, que le président français a créé durant l’été 2017, qui fera également partie du voyage.

Une délégation de patrons plutôt légère

En plus des dizaines de patrons attendus pour le Forum économique Tunisie-France, organisé par la Chambre Tuniso-Française de Commerce et d’Industrie (CTFCI), c’est visiblement avec des jeunes pousses que le président français a tenu à voyager.

La Tunisie a du mal, en ce moment, à intéresser d’autres grands groupes qui n’y sont pas déjà

Sofiane Ben Chaabane, cofondateur de la marque de prêt-à-porter chic Lyoum, qui propose par exemple des sweats pour femmes brodés avec l’inscription « Chaab al harissa » (« Peuple de la harissa »), sera notamment du voyage aux côtés de Karim Jouini, patron d’Expensya, application de gestion de notes de frais. Des profils intéressants, mais qui n’ont pas attendu l’Élysée pour voyager en Tunisie, où ils sont déjà actifs.


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Xavier Niel, premier actionnaire de Free, et Stéphane Richard, président-directeur général d’Orange, suivront également le président et ses trois ministres (Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, Delphine Gény-Stephann, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au Numérique).

Au-delà des marques d’amitié et des symboles, la Tunisie a besoin d’investissements

« Malheureusement, la Tunisie a du mal, en ce moment, à intéresser d’autres grands groupes qui n’y sont pas déjà », commente ainsi un membre de la délégation, interrogé par Jeune Afrique. Orange est en effet installé depuis de longues années en Tunisie

La dette au menu

Un homme d’affaires tunisien, invité à rencontrer la délégation française, ose même : « La situation des finances publiques et de l’économie tunisienne est compliquée. Au-delà des marques d’amitié et des symboles, la Tunisie a besoin d’investissements. »

Pour autant, le secteur des affaires se refuse à la déception et parie sur des discussions informelles avec des profils qui font office de pont, à l’instar de Mehdi Houas, du groupe Talan, actif dans le conseil en management et en services informatiques. S’il est lui aussi invité sous l’étiquette « entrepreneur », l’homme est également considéré à Tunis. Mehdi Houas a en effet été à très court temps ministre du Commerce et du Tourisme dans le gouvernement d’union nationale, et est perçu comme un proche du président Béji Caïd Essebsi.

La promesse de la reconversion d’une partie de la dette en investissements ne voit pas le jour

Et à Carthage, on se réjouit que l’Élysée assure qu’une annonce sera faite le 31 janvier sur la reconversion de la dette tunisienne à l’égard de la France, un sujet qui traîne depuis 2011. « À Carthage, on s’impatiente : la promesse de la reconversion d’une partie de la dette en investissements ne voit pas le jour », lâche ainsi un ancien ministre des Affaires étrangères tunisien.

« Ce n’est pas uniquement le fait de Paris, il y a des blocages du côté de l’outillage juridique tunisien, mais les Tunisiens aimeraient voir la promesse se concrétiser », poursuit-il. Trente millions d’euros pourraient être transformés en investissements qui profiteront aux entreprises françaises.

En décembre dernier, lors d’une rencontre à Paris entre le président tunisien Béji Caïd Essebsi et son homologue français, ce dernier s’était dit disposé à faire avancer les discussions. Il sous-entendait également que les investissements pourraient se faire dans les domaines de l’éducation et de l’enseignement supérieur. Précisément, donc, le secteur qui épaissira la délégation présidentielle durant cette visite.

L’enseignement à la rescousse

L’enseignement supérieur semble en effet au centre de la visite de Macron en Tunisie. Qu’on en juge : Alain Fuchs, président de Paris Sciences et Lettres (PSL), qui rassemble 26 prestigieuses institutions parisiennes, sera du voyage, aux côtés de Gilles Kepel, islamologue et professeur des universités à Sciences Po, connu pour son entregent. Le très médiatique enseignant est en effet considéré comme étant très efficace lorsqu’il s’agit de monter des projets pédagogiques et universitaires entre le Maghreb et la France.


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Isabelle Huault, présidente de l’Université Paris-Dauphine, Vincent Laflèche, directeur de Mines ParisTech et Gilles Pécout, recteur de Paris, seront également présents, ainsi qu’Elyes Jouini, un profil idoine pour cette visite : aujourd’hui vice-président de Dauphine, il a été ministre auprès du Premier ministre chargé des Réformes économiques et sociales en Tunisie. C’est donc là, en plus des discussions sur la dette, que le voyage présidentiel pourrait devenir des plus concrets.

Un projet d’université franco-tunisienne pour l’Afrique et la Méditerranée doit être mis à l’étude ainsi qu’un possible partenariat entre l’ENA de Tunis et une grande institution française.

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