Politique

Le Nigeria extrade au Cameroun un dirigeant séparatiste anglophone

Sisiku Julius Ayuk Tabe, leader séparatiste de la partie anglophone du Cameroun, "président" de la république auto-proclamée d' "Ambazonie", en octobre 2017 aux États-Unis. © DR / Copie d'écran Youtube

Les autorités nigérianes ont extradé lundi à Yaoundé 47 séparatistes anglophones, dont leur leader Sisiku Ayuk Tabe. Celui-ci était détenu au Nigeria depuis le 5 janvier.

« Un groupe de 47 terroristes, [parmi lesquels se trouve] Ayuk Tabe, se trouve depuis quelques heures entre les mains de la justice camerounaise », a indiqué Issa Tchiroma Bakary, le ministre camerounais de la Communication. Les 47 séparatistes étaient détenus au Nigeria, a précisé le ministre à l’AFP

« Ils répondront de leurs crimes » devant la justice camerounaise, a souligné le ministre dans sa déclaration à la presse, réaffirmant la « détermination » du Nigeria et du Cameroun « à ne jamais tolérer que leurs territoires servent de base à des activités de déstabilisation dirigées contre l’un d’entre eux ».

Les inquiétudes d’Amnesty

Le leader des indépendantistes camerounais, Sisiku Ayuk Tabe, et neuf de ses partisans avaient été arrêtés début janvier au Nigeria, où ils étaient depuis « détenus au secret », selon leur avocat et l’ONG Amnesty International. Impossible pour le moment de déterminer quand ont été arrêtés les autres séparatistes extradés depuis le Nigeria vers le Cameroun.

Mi-janvier, Amnesty International s’était inquiétée du sort des séparatistes détenus au Nigeria, estimant qu’ils « pourraient être menacés de torture et (s’exposer à un) procès inéquitable » s’ils étaient extradés au Cameroun.

Sisiku Ayuk Tabe milite pour que les deux régions anglophones du Cameroun se séparent de la partie francophone du pays. Le 1er octobre 2017, le mouvement avait publié un déclaration symbolique d’indépendance de l’Ambazonie, nom donné par les séparatistes à leur projet de pays.

Un nombre croissant d’attaques

Depuis plusieurs mois, l’armée a déployé des forces dans les deux régions anglophones du Cameroun pour contrecarrer des attaques de séparatistes présumés. En pure perte pour le moment, les attaques se faisant de plus en plus nombreuses.

Dans le même temps, le président Paul Biya et les autorités camerounaises ont accru la pression sécuritaire dans les régions anglophones du sud-ouest et du nord-ouest. Une escalade qui fait craindre aux experts un risque « d’insurrection armée ».

« Depuis l’arrestation des leaders séparatistes au Nigeria, il y a une dégradation sécuritaire et une multiplication des fronts entre séparatistes et l’armée camerounaise », expliquait fin janvier à l’AFP Hans De Marie Heungoup, chercheur au centre d’analyse International Crisis Group (ICG).

19 militaires tués depuis novembre

Selon un décompte de l’AFP, établi sur la base des déclarations officielles, 19 militaires et policiers ont été tués depuis novembre, tandis que les réseaux sociaux pro-anglophones diffusent des photos de civils tués et de villages mis à sac par l’armée – sans qu’il soit possible d’en vérifier l’authenticité.

Fin janvier, une bombe artisanale a explosé au passage d’un véhicule de l’armée camerounaise à Ekok, non loin de la frontière nigériane, faisant deux blessés. C’était la première fois qu’un tel mode opératoire était utilisé sur une route des régions anglophones camerounaises.

Nombre d’hommes politiques anglophones dénoncent depuis début 2018 des « actes arbitraires (tueries, destructions de maison) » de l’armée camerounaise en zones anglophones.

Le Cameroun se prépare à des élections – dont la présidentielle – fin 2018. Selon les observateurs, la profonde crise socio-politique que Yaoundé traverse dans ses régions anglophones pourrait perturber ces scrutins.

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