Ally Coulibaly : « L’Union africaine a changé de logiciel »

Par et - Envoyés spéciaux à Addis Abeba

Ally Coulibaly, ministre ivoirien de l'Intégration africaine, ici en janvier 2011 à Paris. © Vincent Fournier pour Jeune Afrique

L'ère des idéologies est révolu, soutient le ministre ivoirien de l'Intégration africaine. Dans cet entretien accordé à Jeune Afrique en marge du 30e sommet de l'Union africaine à Addis-Abeba, il livre la position de son pays sur les nouveaux enjeux de l'organisation.

En marge du sommet de l’Union africaine (UA), qui clôt ses travaux ce lundi 29 janvier, le ministre ivoirien de l’Intégration africaine, Ally Coulibaly, a répondu aux questions de Jeune Afrique sur les points qui suscitent le plus de divergences dans le projet de la réforme porté par le Rwandais Paul Kagame. Il se prononce également sur l’entrée du Maroc dans la Cedeao, qui semble rencontrer quelques obstacles.

Jeune Afrique : Quel regard portez-vous sur la manière dont s’est déroulé ce 30e sommet ?

Ali Coulibaly : Très positif. Avant, chaque sommet était l’occasion de déchirements et de divisions. Il y a une prise de conscience des enjeux mondiaux et d’une certaine lassitude exprimée par les peuples africains qui considéraient ce genre de raout loin de leurs attentes et de leurs aspirations.

L’UA est en train de se positionner sur les conflits qui minent l’Afrique, le terrorisme, la migration massive… Ce sont des problématiques auxquelles nous devons trouver des réponses. Je constate que l’Union africaine a changé de logiciel, elle se rend compte que les années marquées par l’idéologie sont révolues, qu’il faut trouver des réponses concrètes aux problèmes de l’Afrique.

Comment se positionne la Côte d’ivoire sur la question de la taxe de 0,2% sur les importations, contenue dans le projet de réforme de l’Union africaine ?

Dès que cette idée a été émise, nous y avons adhéré. Nous faisons même partie de la vingtaine de pays qui l’ont déjà mise en application. D’ailleurs, le président Alassane Ouattara, avait proposé à son homologue Paul Kagame de s’inspirer du modèle de la Cedeao [Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest]. Donc, même s’il y a des divergences, nous pensons que l’instauration de cette taxe est en bonne voie.

Adhérez-vous également à la proposition de libre-circulation des personnes contenue dans cette réforme ?

C’est un des points cardinaux de la Cedeao. La libre circulation des biens et des personnes à l’intérieur des pays membres est une réalité. Maintenant, la mission de l’UA est d’étendre cela au reste de l’Afrique. Or, si la Cedeao a fait des avancées considérables en la matière, ce n’est pas le cas d’autres organisations régionales.

Il y avait trop de résolutions. Mais peu étaient mises en oeuvre

Quelle est votre position sur la réduction du nombre de sommets de l’UA à un par an ? La mesure ne plaît pas à tout le monde…

La programmation des sommets dépend des sujets à débattre. Il est possible de recourir à des sommets extraordinaires. Ce qu’il faut chercher, c’est l’efficacité de ces rencontres. Un ou deux sommets, le débat n’est pas là. Ce qui est important, c’est l’application des décisions.

Ce que l’on avait constaté par le passé, c’est qu’il y avait trop de résolutions. Mais peu étaient mises en oeuvre. Il faut sortir de cette malédiction qui frappait l’Union africaine.

La Côte d’Ivoire soutient-elle la demande d’adhésion du Maroc à la Cedeao ?

La Côte d’ivoire entretient des relations exceptionnelles avec le Maroc. Nous avons un partenariat qui fonctionne très bien. Le président Alassane Ouattara n’a jamais fait mystère de son soutien au Maroc.

L’idée de l’adhésion de ce pays a été examinée au sommet de Monrovia l’année dernière. Tous les pays ont donné leur accord de principe. Ils ont demandé une étude d’impact pour examiner comment cette adhésion se fera concrètement. La demande marocaine, celle exprimée par la Tunisie qui aimerait devenir un observateur, ou encore celle de la Mauritanie, qui souhaite un statut de membre associé, seront étudiées par un comité de chefs d’État qui se réunira sous peu. Autant que je sache, il n’y a pas d’opposition des pays membres de la Cedeao.

Quelles ont été les points abordés lors de la réunion sur la Cedeao, qui a eu lieu samedi 27 janvier ?

Les chefs d’États se sont réunis pour débattre de la répartition des postes de commissaires. De neuf commissaires, nous passons maintenant à quinze pour respecter le principe de la solidarité entre les différents États qui composent la Cedeao. Dans cette réunion, nous avons aussi évoqué la question de la Guinée Bissau.

En Guinée Bissau, la situation semble bloquée : le délai imposé par la Cedeao lors l’accord de Conakry pour mettre en place un nouveau Premier ministre est dépassé. Va-t-on vers un nouveau délai ?

À ce stade, je ne peux pas cet dire davantage sur le sujet. Il y aura une communication officielle à la fin du sommet.

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