Crise anglophone au Cameroun : regain de tensions dans le Nord-Ouest après des semaines d’accalmie

Des policiers camerounais à Yaoundé, en 2005. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Après deux mois de calme relatif, les revendications sécessionnistes ont repris à Bamenda et dans les villages de la région du Nord-Ouest du Cameroun. Les populations, elles, réclament la fin des hostilités.

Un gendarme a été abattu ce jeudi 26 janvier dans la ville de Kumbo, une localité située dans le département de Bui (région du Nord-Ouest). Selon des sources locales, la victime, l’adjudant-chef Ngando Robert, était en fonction dans un poste lorsqu’il a été attaqué.

Selon ces mêmes sources, cette action serait l’œuvre de la Banso Resistance Army (BRA), un groupe d’individus se réclamant d’une faction radicale des sécessionnistes. « C’est actuellement le groupe le plus actif de la zone. Ils ont répandu leurs tracts dans la ville », affirme une habitante de Kumbo.

C’est devenu fréquent. Des bruits d’armes et d’explosifs partout. On peut mourir à tout moment

Tout au long de la semaine, ces militants auraient proféré des menaces contre quiconque s’aviserait de participer à la fête nationale de la jeunesse. Cette célébration, instituée par le président Ahmadou Ahidjo en 1966, coïncide avec l’anniversaire du référendum du 11 février 1961, qui permit au Southern Cameroons de rejoindre la République du Cameroun.

Regain de violences

Il s’agit du second meurtre d’un gendarme dans le Nord-Ouest en une semaine, signe du retour des violences dans la région. Le 19 janvier, déjà, des individus armés non identifiés ont tenté de prendre d’assaut à Mbengwi une base du Bataillon d’intervention rapide (Bir) de l’armée camerounaise, avant d’être repérés par une sentinelle. De violents affrontements ont ensuite éclaté entre les forces de défense camerounaises et ces assaillants, qui auraient tous été neutralisés, selon le Colonel Didier Badjeck, porte-parole de l’armée, joint par Jeune Afrique.

Le même jour, le bloc administratif du lycée de Balikumbat a été réduit en cendres, et une tentative d’incendie du collège Catholique Sainte Rita a été avortée. Les auteurs de cet acte ont finalement réussi leur action dans la nuit du 23 janvier, enflammant entièrement le dortoir des filles.


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Dans la localité de Fundong, des individus, empêchés par les forces de sécurité, ont également tenté de brûler un commissariat. À Bamenda, les résidents affirment avoir entendu des échanges de coups de feu, au moins une fois au cours de cette semaine.

Les « ghost town » sont une obligation et ils doivent être respectés religieusement

« C’est devenu fréquent. Des bruits d’armes et d’explosifs partout. On peut mourir à tout moment. Nous ne laissons plus nos enfants sortir », confie Bernadette, une habitante de la ville de Kumbo. « Nous vivons dans la peur car nous ne savons pas ce qui peut arriver et à quel moment », ajoute Delphine Gaah, une commerçante de Bamenda.

Face à la montée des tensions, des renforts sécuritaires ont été déployés dans les quartiers et les rues de Bamenda, afin d’appuyer les troupes déjà sur place. Ils espèrent prévenir tout débordement menant à une escalade des actes de violence et de vandalisme dans la région.

Respect timide des ghost town

La région du Nord-Ouest n’avait pas connu pareilles violences depuis le mois de novembre 2016. Un soldat y avait été tué alors que son escadron intervenait pour protéger le lycée technique de Jakiri, envahi par des manifestants. Deux jours plus tard, des affrontements entre sécessionnistes et forces de défense à l’entrée de Bamenda entraînaient la mort de deux autres gendarmes et d’au moins un civil.


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Depuis, si la situation n’était pas revenue à la normale, les échanges armés se faisaient rares. Après l’arrestation des leaders de la contestation anglophone au Nigeria, les habitants de cette région avait timidement respecté le mot d’ordre de « ghost town » imposé par les sécessionnistes.

On ne négocie pas avec ceux qui veulent amputer une partie de notre territoire pour construire une hypothétique République

Une défiance que dénoncent les membres de la Banso Resistance army dans ses tracts. « Les « ghost town » sont une obligation et ils doivent être respectés religieusement », écrivent-ils. Ils promettent par ailleurs qu’ils veilleront à ce qu’il en soit ainsi dès le lundi 29 janvier prochain.

Pour le ministre de la Communication Issa Tchiroma Bakary, le gouvernement camerounais n’a pas l’intention de dialoguer avec ces branches sécessionnistes radicales. « On ne négocie pas avec ceux qui veulent amputer une partie de notre territoire pour construire une hypothétique République ».

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