Politique

Tchad : la marche interdite à N’Djamena dispersée dans la violence

Vue de la Place de la Nation. à N'Djamena, capitale du Tchad. © Abdoulaye Barry/ Jeune Afrique

Plusieurs organisations de la société civile avaient appelé à une marche pacifique ce jeudi afin de protester contre le gouvernement. Violemment réprimés par les forces de sécurité, plusieurs manifestants ont été arrêtés.

La marche prévue ce jeudi 25 janvier par la société civile pour protester contre le gouvernement a été interdite par le ministre de l’Intérieur. La veille, Ahmadaye Abdelkérim Bakhit, le ministre de l’Administration du territoire, de la Sécurité publique et de la gouvernance locale avait annoncé que cette marche n’était pas autorisée, pour des « raisons de sécurité ».

La marche, prévue de longue date, devait en effet partir des dix arrondissements de N’Djamena, sans point de départ précis. Sur les huit organismes de la société civile, sept ont préféré se désister de la manifestation, laissant seule la Convention tchadienne pour la défense des droits de l’homme (CTDDH).

À l’origine, les organismes souhaitaient manifester contre « la mauvaise gouvernance, les injustices de toutes sortes et les mesures anti-sociales prises par le gouvernement ».

Internet coupé et messages d’avertissement

En prévision du non-respect des consignes, de nombreux services ont été fermés ce jeudi matin, comme les écoles et les administrations. Le gouvernement avait également pris la décision de couper Internet dans la nuit de mercredi. Une décision qui, selon nos sources, a été prise face à l’afflux de vidéos appelant à aller marcher le lendemain.

Dès la nuit de lundi à mardi, le gouvernement a envoyé des messages via les deux opérateurs téléphoniques principaux du pays indiquant que la marche était interdite.

Plusieurs activistes arrêtés, un journaliste molesté

Les forces de police ont été mobilisées très tôt ce jeudi matin pour contenir les possibles « fraudeurs » dans les grandes artères de N’Djamena : elles avaient pour ordre de disperser les groupes de plus de cinq personnes.

Dispersé à coups de matraques

Des ordres bien suivis : Emmanuel Deuhb Zyzou, militant des droits de l’homme joint par Jeune Afrique, était présent ce matin à Chagoua (7e arrondissement). Son groupe a rapidement été « dispersé à coups de matraques », affirme-t-il, en précisant que de nombreux manifestants de Walia (9arrondissement) ont notamment été réprimés par des gaz lacrymogènes et des canons à eau.

Dans un communiqué de presse, Amnesty International a indiqué que plusieurs activistes avaient été arrêtés en marge des manifestations. Joint par Jeune Afrique, l’organisation internationale a indiqué que l’un d’entre eux, Garba Ahmat Dogo de la CTDDH, a été libéré en milieu d’après-midi. Souffrant d’une blessure peu profonde causée avant l’arrestation, l’activiste a été relâché afin de pouvoir se soigner.

Idriss Deby et son gouvernement ont démontré au monde qu’ils comptent régner par la violence et par la terreur

Amnesty a également annoncé que Dingamnayal Nelly Versinis, porte-parole du Collectif tchadien contre la vie chère (CTCV), « a été arrêté vers 7 h 30 ce [jeudi] matin et conduit dans une voiture de police, avant d’être relâché environ trois heures plus tard ». Le journaliste et directeur de publication d’Alwihda Info, Djimet Wiché, a lui été brutalisé, sans être inquiété.

L’attitude du gouvernement dénoncée

Les partis d’opposition ont unanimement dénoncé l’attitude du gouvernement, notamment le chef de file de l’opposition, Saleh Kebzabo : « Aujourd’hui, Idriss Deby et son gouvernement ont démontré au monde qu’ils comptent régner par la violence et par la terreur ».


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Ce jeudi soir, il semblerait que le calme soit revenu dans les rues de N’Djamena. Les forces de l’ordre restent cependant postées un peu partout dans la ville. D’après nos informations, sur les six manifestants qui auraient été arrêtés, trois seraient toujours en détention.

Cette marche visait à protester contre les mesures d’austérité et la hausse du prix du carburant, dans un contexte de récession économique sévère depuis fin 2015. N’Djamena a d’ailleurs connu lundi une grève massive des transporteurs, pour dénoncer cette hausse de prix, qui a été suivie par une manifestation de lycéens.

À la suite de ces manifestations, des centaines de personnes ont été interpellées.

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