L’œil de Glez : Super Couscous à la rescousse ?

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Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’œil de Glez. © Glez / J.A

Le classement éventuel du couscous au patrimoine mondial de l'humanité réconciliera-t-il les Maghrébins, la classe politique française et l’espèce humaine toute entière ? Algériens, Marocains et Tunisiens tentent un front commun.

De part et d’autre de la Méditerranée, il attisait les crispations identitaires et provoquait des bourrasques politiques. Il pourrait incarner aujourd’hui l’union fraternelle des peuples, autant qu’un patrimoine commun à tous les Terriens. Lui ? C’est le couscous…

Était-elle vraiment polémique, la semoule de blé dur agrémentée de pois chiches ? En septembre dernier, la presse française avait forgé un néologisme en qualifiant de « Couscous Gate » le scandale provoqué par la photo d’un membre du Front national dégustant ce plat dans un restaurant de Strasbourg. C’est Florian Philippot que les plus « identitaires » du parti de Marine Le Pen avaient mis à l’index pour sa promotion, via Twitter, d’un plat considéré comme emblématique du Maghreb.


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Et le débat de s’orienter vers une inféodation à une culture nord-africaine, déjà accusée de participer au complot de « grand remplacement » des Français « de souche« . Et Philippot (démissionnaire, depuis, du FN) de préciser que le goût des Français pour la semoule maghrébine avait été diffusé par des « pieds-noirs » patriotes.

La récupération nationaliste de ce plat pourrait faire place à une reconnaissance planétaire ; et sans polémique maghrébo-maghrébine

Et les observateurs les plus cyniques de rappeler que Nadine Morano, « républicaine » légèrement plus à gauche que le Front, contrait certaines accusations de racisme en invoquant son « adoration » d’un couscous censément étranger…

Le symbole identitaire divise le nord de l’Afrique

Si ce plat ne fractionnait que la droite radicale française, il n’y aurait pas de quoi fouetter un raisin sec. Mais ce symbole identitaire divise aussi le nord de l’Afrique, et pas seulement pour les nuances de recette ou la variété du vocabulaire qui le nomme (cousksi, barbucha, seksu, kseksou ou encore t’aam).

La guerre du couscous sera donc peut-être écourtée

En septembre 2016, l’intention des autorités algériennes de faire inscrire le couscous – en même temps que le raïau patrimoine culturel immatériel de l’Unesco avait fait grincer des dents marocaines. Pendant que l’extrême droite française se demande si le plat est devenu français ou pas, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie affirment chacun en être le berceau.

La récupération nationaliste du couscous pourrait faire place à une reconnaissance planétaire ; et sans polémique maghrébo-maghrébine. Cette fois, comme vient de l’annoncer le Centre algérien de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH), c’est ensemble que des experts du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie planchent sur le « projet commun » de faire classer la spécialité culinaire au patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco.

Le sujet sensible pourrait même incarner l’unité retrouvée du Maghreb autour d’une gastronomie source de fraternité culinaire internationale

Est-il possible de classer un mets aux côtés de vieilles pierres ? « Oui », répond l’agence onusienne qui vient d’inscrire, en 2017, l’art du pizzaiolo napolitain et le nsima malawite dans la liste représentative de son patrimoine culturel immatériel. Chercheuse au CNRPAH, Ouiza Gallèze précise, par ailleurs, que le couscous « transculturel » et « plusieurs fois millénaire » peut revendiquer une « ancestralité » suffisante. À 250 km au sud-ouest d’Alger fut retrouvé un couscoussier datant du IXe siècle.

La guerre du couscous sera donc peut-être écourtée, si ce n’est dans les arcanes de l’extrême droite française. Le sujet, sensible, pourrait même incarner l’unité retrouvée du Maghreb autour d’une gastronomie source de fraternité culinaire internationale.

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