Politique

RDC : la « mise au point » des catholiques avant la mobilisation anti-Kabila du 21 janvier

Des manifestants congolais dans les rues de Kinshasa le 31 décembre dernier, en République démocratique du Congo. © John Bompengo/AP/SIPA

En RDC, la tension monte à l’approche de la marche des chrétiens prévue dimanche dans le pays, pour réclamer à nouveau l’application de l’accord de la Saint-Sylvestre et « libérer l’avenir ». La précédente marche du 31 décembre avait été réprimée dans le sang par les forces de l’ordre.

« La marche du 21 janvier est une marche pacifique, a souligné jeudi 18 janvier le Comité laïc de coordination (CLC), à l’origine de l’appel à manifester. Ce sont des femmes et des hommes qui vont marcher pacifiquement en priant, en entonnant des cantiques, les chrétiens avec les chapelets, bibles, crucifix…, et les autres avec des rameaux. »

Qualifié de « mise au point », ce communiqué intervient dans un contexte particulièrement tendu, marqué par de violentes passes d’armes entre les autorités de Kinshasa et la hiérarchie catholique.


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Le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Shadari Ramazani, a qualifié en début de semaine la marche du 21 janvier « de tentatives subversives initiées notamment par un membre de la hiérarchie du clergé de l’Église catholique de la ville de Kinshasa ». Une allusion à peine voilée au cardinal Laurent Monsengwo, particulièrement critique envers le régime Kabila, qui avait appelé le 3 janvier au départ des « médiocres ».

Une association reconnue par le Saint-Siège

Dans ce climat explosif, le président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) a adressé le 15 janvier une missive au cardinal Monsengwo et aux évêques congolais, dans laquelle il souligne la nécessité de rappeler que la marche du 21 janvier est organisée par le Comité laïc de coordination, et non par la Cenco.

Les fondateurs du CLC vivraient « dans la clandestinité »

L’archevêque de Kisangani leur enjoint toutefois de reconnaître que le CLC est « une association reconnue par un diocèse ». Une manière pour l’épiscopat de ne pas prêter le flanc aux critiques sur l’implication de l’Église dans la vie politique, tout en ne se dissociant pas de l’initiative des laïcs.

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Le CLC a été fondé en novembre 2017 par sept intellectuels congolais, dont l’historien Isidore Ndaywel è Nziem, suite à l’appel du clergé en juin 2017 exhortant les Congolais « à prendre [leur] destin en main ».

Reconnu par le cardinal Monsengwo et le Vatican, le CLC avait alors lancé un appel à la mobilisation le 31 décembre, date d’anniversaire de l’accord de la Saint-Sylvestre, pour réclamer son application effective.

L’opposition fait bloc derrière les laïcs

Depuis, une source en contact direct avec les fondateurs du CLC affirme que ces derniers « vivent dans la clandestinité » et sont obligés de changer régulièrement de résidences, en raison de « menaces » pour leur sécurité. »

Une dépêche de l’Agence France-Presse a également fait mention jeudi soir d’un mandat « d’amener » délivré par le parquet de Kinshasa contre cinq d’entre-eux, sans qu’il soit possible pour l’heure de corroborer cette information.

Les laïcs ont invité les forces de l’ordre à ne pas considérer la population comme leurs ennemis

Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Félix TshisekediComme en décembre dernier, tous les ténors de l’opposition congolaise se sont à nouveau rangés derrière l’appel à la mobilisation du CLC, faisant oublier leurs divergences et la piètre mobilisation du Rassemblement – la principale plateforme de l’opposition – lors de la manifestation du 19 décembre dernier.


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Lors de la marche de la Saint-Sylvestre, cette union inédite de l’opposition avait fait craindre au pouvoir un début « d’insurrection », justifiant à leurs yeux la répression par les forces de l’ordre. Qu’en sera-t-il dimanche prochain ?

Dans leur communiqué diffusé jeudi, les laïcs ont invité « les policiers, les militaires et autres agents des services de sécurité à ne pas considérer la population comme leurs ennemis ».

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