Tunisie : Machrou Tounes se retire de l’accord de Carthage

Mohsen Marzouk alors ministre-conseiller en charge des Affaires politiques du président Beji Caid Essebsi, le 6 février 2015, dans son bureau du Palais de Carthage. © Ons Abid pour J.A.

Après Al Joumhouri et Afek Tounes, c’est au tour du parti de Mohsen Marzouk de se désolidariser du gouvernement de Youssef Chahed. Il demande un changement de gouvernement et la réforme de la Constitution pour réviser la répartition des pouvoirs.

Il en était question depuis plusieurs semaines, c’est désormais chose faite : le parti Machrou Tounes (Projet de la Tunisie) a annoncé ce jeudi 18 janvier le retrait de son soutien au gouvernement d’union nationale. En conséquence, la formation menée par Mohsen Marzouk se retire de l’accord de Carthage, qui regroupe, depuis juin 2016, neuf partis et trois organisations nationales autour de la feuille de route de l’exécutif.

Le parti prend ainsi du recul par rapport à l’accord et appelle à un changement du gouvernement qui « n’a pas mis en oeuvre ce qui a été convenu » et qui « en sa forme actuelle entretient l’instabilité », a déclaré Mohsen Marzouk lors de cette conférence de presse.

Bien sûr, des ministres peuvent être partisans mais il est anormal qu’ils encadrent des listes électorales

Selon Slim Tlatli, dirigeant de Machrou Tounes, « l’accord de Carthage a été conçu comme un processus de création et de concertation et tout le monde s’accorde sur ses grandes lignes. Il a cependant failli en raison du consensus entre Ennahdha et Nidaa Tounes, qui a conduit au blocage des décisions politiques et à la mise en place d’un gouvernement basé sur des quotas partisans ».

Résultat : l’accord de Carthage n’a pas abouti à un partenariat réel et à une synergie entre ses différents signataires.


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L’échec de l’accord de Carthage, et plus généralement l’impasse dans laquelle se trouve la Tunisie, est une conséquence de la construction politique tricéphale imposée par la Constitution. Machrou Tounes propose d’envisager une refonte de cette loi fondamentale pour revoir les prérogatives de la présidence et de l’exécutif, mais donne la priorité à la mise en place d’un gouvernement de technocrates indépendants qui ne seraient pas impliqués dans les élections.

Sauver la Tunisie

« Bien sûr, des ministres peuvent être partisans mais il est anormal qu’ils encadrent des listes électorales comme cela est prévu pour les municipales », s’indigne Slim Tlatli, qui signale que la loi électorale doit également être révisée pour permettre à une majorité d’émerger.

Machrou Tounes, érigé en parti de proposition, souhaite l’organisation, par le président de la République, d’un Congrès national pour le sauvetage de la Tunisie. Celui-ci rectifierait les politiques économiques et sociales, adopterait une loi de Finances complémentaire, débattrait de la feuille de route à adopter jusqu’aux législatives et l’élection présidentielle de 2019 et attribuerait quatre priorités à un gouvernement qui serait aux affaires jusqu’à ces échéances électorales.

La défection de Machrou Tounes dénonce les faiblesses d’un exécutif

Le gouvernement d’union nationale conduit par Youssef Chahed est dans une position de précarité, d’autant que la centrale patronale, partie prenante de l’accord de Carthage, a annoncé le 18 janvier qu’elle souhaite que son contenu soit revu avec un axe économique.

La défection de Machrou Tounes dénonce les faiblesses d’un exécutif où seuls les ministres de souveraineté, des indépendants qui avaient été adoubés par le président de la République, Béji Caïd Essebsi, ont un rendement cohérent et honorable.

Force de pression

La position de Machrou Tounes aura également un impact sur l’Assemblée. Formé par un socle de transfuges de Nidaa Tounes, Machrou compose, avec des indépendants, le groupe parlementaire d’Al Horra. Avec Afek Tounes, Al Joumhouri et l’opposition représentée par le Front Populaire, il peut former une force de pression de 49 élus.

Certains observateurs relèvent que la décision de Machrou Tounes rejoint le souhait du président de réviser la répartition des pouvoirs.

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