Tunisie : le patronat prépare la succession de Wided Bouchamaoui à sa tête

Wided Bouchamaoui, femme d'affaires tunisienne, patronne de l'Utica et co-récipiendaire du prix Nobel de la paix 2015. © Ons Abid pour J.A.

Dans un contexte social agité, l'Utica tient ce mercredi son Congrès national en vue de remanier ses structures et resserrer ses rangs. Son vice-président Hichem Elloumi part favori.

À deux mois d’un nouveau round de négociations salariales avec la centrale ouvrière de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), le patronat tunisien tient, ce mercredi 17 janvier, son 16e Congrès national. Dans un contexte économique fragile et politiquement instable, son issue sera déterminante pour les futures positions de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica).

Figure maîtresse de l’Utica post 2011, Wided Bouchamaoui, qui vient de clore deux mandats consécutifs, n’a pas voulu rempiler. À l’ouverture des travaux de ce Congrès, elle a estimé que ce serait « contraire aux règles de bonne gouvernance et de démocratie qui doivent prévaloir au sein du patronat ».

Selon nos sources, c’est son numéro deux, Hichem Elloumi, vice-président de l’organisation patronale, qui part favori. À la tête d’un grand groupe industriel dont il est actionnaire, c’est un fervent défenseur de l’intégration régionale. Ses entreprises se sont diversifiées au Maroc et en Europe.

Course au sommet

Le nom du futur patron des patrons ne sera dévoilé qu’après la constitution du bureau exécutif prévue ce mercredi soir. Quelque 120 candidats, représentant les secteurs de l’industrie, les services, le commerce, les métiers et l’artisanat, sont en compétition pour décrocher les 31 sièges de ce bureau exécutif. Une fois ce dernier constitué, il désignera ensuite son président.

Une image d’indépendance par rapport au pouvoir politique

Depuis 2011, l’Utica, qui fête son 71e anniversaire, a opéré sa mue et s’est installée dans son rôle de centrale patronale détachée de la mainmise du pouvoir comme cela avait été le cas sous Zine el-Abidine Ben Ali. Depuis la révolution, elle s’est en effet forgé une image d’indépendance par rapport au pouvoir politique.

Se protéger du politique

Ce positionnement a permis à l’Utica de défendre les intérêts du secteur privé mais également de s’imposer comme organisation nationale. À ce titre, elle a été de tous les débats, dont le dialogue national qui a été récompensé en 2016 par le prix Nobel de la paix. Elle figure également parmi les signataires de l’accord de Carthage qui a énoncé la feuille de route du gouvernement d’Union nationale. 

La présidente de l’Utica, Wided Bouchamaoui, a su réunir les partenaires sociaux pour apaiser les tensions et établir avec les syndicats des négociations directes, tout comme elle a mis en place diverses actions pour relancer l’investissement.


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Avec une communication sans langue de bois, Wided Bouchamaoui a alerté sur les dérives de l’économie et s’est battue pour l’instauration d’un état d’urgence économique, pour préserver le tissu de production du pays. Elle a été par ailleurs souvent primée et désignée « femme de l’année ». 

Hémorragie interne

La nouvelle direction aura toutes les prérogatives pour décider de la position de la centrale, de ses objectifs, actions, organisation et gestion des structures. S’il est à prévoir que son rôle au titre d’organisation nationale demeurera inchangé, il faudra quand même que le patronat veille, par de nouvelles procédures et une meilleure communication interne, à conserver dans son giron ses fédérations et maintenir sa représentativité du secteur privé.


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En novembre 2017, la Fédération du textile, secteur clé de l’économie tunisienne, avait choisi de quitter les rangs de l’Utica pour faire cavalier seul. Dans l’histoire de l’organisation, ce n’est pas la première dissidence. La Fédération Tunisienne de l’Hôtellerie (FTH) et la Fédération Tunisienne des Agents de Voyage (FTAV), représentant toutes deux le tourisme, autre secteur fort de l’économie, ont quitté le giron de l’Utica dès les années 60.

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