Cameroun : Akere Muna et l’opposition s’organisent en vue de la présidentielle

Le 15 février, Akere Muna dans son bureau à Yaoundé © Jean-Pierre Kepseu/JA

L'ancien bâtonnier du barreau du Cameroun, désigné candidat par les signataires de sa "Plateforme pour la Nouvelle République", devra désormais choisir le parti sous lequel il souhaite se présenter à la présidentielle.

« C’est avec honneur, humilité et engagement à servir que je m’engage à remplir mon devoir ». C’est ainsi qu’Akere Muna, avocat anglophone et figure de la lutte anticorruption au Cameroun, a commenté sur Twitter ce mardi 16 janvier le communiqué faisant part de sa nomination comme candidat unique des partis signataires de sa « Plateforme pour la Nouvelle République », pour la présidentielle prévue en octobre 2018.

La Plateforme, lancée à l’initiative de son mouvement NOW, une organisation dite de citoyens engagés, liste parmi ses « membres fondateurs » : l’Union des populations du Cameroun et l’Alliance des Forces Progressistes (AFP), accompagnés de plus petites structures.

Sous quelle bannière ?

La candidature de l’ancien bâtonnier du barreau camerounais à la présidence n’était plus un secret. Officiellement prétendant pour succéder à Paul Biya depuis octobre dernier, Areke Muna cherchait surtout un cadre politique à sa candidature. Selon la loi camerounaise, les candidats indépendants ne sont en effet pas autorisés à participer aux élections.

Akere Muna, fils de Solomon Tandeng Muna, Premier ministre du Cameroun anglophone puis vice-président de la République fédérale du Cameroun, devra désormais choisir sous quel parti il souhaite se présenter à la présidentielle. Ce dernier a le choix entre les signataires de la Plateforme.

« Rien n’est encore décidé », selon Alice Sadio, présidente de l’AFP, un parti que le frère d’Areke Muna, Bernard, connaît bien, pour l’avoir présidé jusqu’en 2015.


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Ancien membre du Social Democratic Front (SDF), où il a milité aux côtés de John Fru Ndi avant de l’affronter, Bernard Muna a en effet porté les couleurs de l’Alliance des Forces Progressistes (AFP), en 2011, lors de la dernière élection présidentielle.

Une « charte » pour les autres élections

Le communiqué explique en conclusion que les membres signataires de la plateforme « ont également convenu de poursuivre leurs échanges en vue de l’adoption d’une charte spécifique à toutes les autres élections prévues en 2018 ».

Les autres partis de la Plateforme seront obligés de faire campagne pour ce candidat

« Concrètement, les partis signataires de la charte ne pourront pas opposer de candidats dans une même localité lors des autres élections (municipales, régionales, législatives et sénatoriales) », précise Alice Sadio.

« De la même façon que nous avons désigné Akere Muna, nous trouverons un consensus pour ne retenir qu’un candidat des partis signataires pour chaque localité. Les autres partis de la Plateforme seront obligés de faire campagne pour ce candidat », poursuit-elle, évoquant sans entrer dans les détails un mystérieux « mécanisme de médiation » au sein de la plateforme, censé aider à concilier les intérêts divergents.

Discussions au sein de l’opposition

À neuf mois de la présidentielle camerounaise, la période des grandes manœuvres semble avoir commencé au sein de l’opposition. Le Social Democratic Front (SDF), principal parti d’opposition dont le comité exécutif se réunissait à Bamenda le 13 janvier, a officialisé les dates de son 8ème congrès qui se tiendra du 22 au 24 février prochain. Le SDF aura pour mission de choisir son candidat pour le scrutin d’octobre.

L’historique opposant John Fru Ndi, fondateur et président du parti depuis 1990, fait toujours figure de tête d’affiche à 76 ans. Mais le « chairman » pourrait choisir de se retirer, laissant la place à des membres plus jeunes du parti, comme Joshua Osih.

Je préfère croire que, le moment venu, l’intérêt du pays primera sur nos agendas personnels

Il semblerait que les différents partis discutent entre eux. Akere Muna a échangé ces derniers jours avec Maurice Kamto, ancien ministre délégué à la Justice, à la tête du parti d’opposition du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), depuis 2012.

Le leader du MRC a également fait savoir au parti de John Fru Ndi qu’il souhaitait discuter avec le SDF de la stratégie de l’opposition pour la présidentielle. Mais aucun projet d’union n’est officiellement à l’ordre du jour. « Je préfère croire que, le moment venu, l’intérêt du pays primera sur nos agendas personnels », espère Alice Sadio.

L’élection présidentielle se prépare dans un climat tendu, plus d’un an après le début de la crise en zone anglophone. Crise qui s’est accentuée en novembre 2017, avec la mort de plusieurs militaires déployés sur place, et que Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, peine à apaiser.

 

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