Diplomatie

L’UE doit soutenir avec force le Liberia de George Weah

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Cécile Kyenge, originaire de RDC, est députée européenne et ancienne ministre italienne de l'Intégration. Elle a été chef de la mission d'observation de l'Union européenne pour les élections au Burkina Faso, en 2015, et membre observatrice de la délégation du Parlement européen pour la présidentielle de 2016 au Gabon.

Des militants du parti de George Weah à l'annonce de la victoire de ce dernier, le 29 décembre 2017, à Monrovia, au Liberia. © Abbas Dulleh/AP/SIPA

Le 28 décembre dernier, l’élection de l’ancien footballeur George Weah à la tête du Liberia est venue conclure l’année en beauté. Entre le premier et le second tour, les recours de ses adversaires avaient laissé planer l’ombre du scénario kényan, mais la démocratie a fini par triompher.

TRIBUNE. Pour les institutions européennes, cette élection vient confirmer les progrès démocratiques accomplis en Afrique de l’Ouest qui semble être la locomotive de la démocratie en Afrique, à la différence de l’Afrique centrale. Au Liberia, le Nigeria et le Ghana ont joué un rôle fondamental dans l’exigence de la transparence. Le Sénégal et la Côte d’Ivoire en avaient fait autant auprès de la Gambie. Ceci fait de la Cedeao, un contexte démocratique en progression. Plusieurs comptes rendus sur le processus électoral libérien font état d’une démocratie en pleine germination, portée par une effervescence juvénile à tout casser. Ceci en rajoute au caractère inédit de l’alternance libérienne, plein de symboles.

D’abord, la pugnacité politique de l’illustre élu, George Weah. Rendu à sa troisième tentative, il a démontré dans le temps une indéniable résilience, toujours dans une logique de paix. Ensuite, la succession des champions. Ellen Johnson Sirleaf, première femme présidente de la République en Afrique, est aussi Prix Nobel de la Paix pendant que George Weah, champion du ballon rond, seul africain Ballon d’Or en Europe, est l’un des premiers sportifs de haut niveau à accéder à magistrature suprême.

Ces éléments symboliques semblent aussi auréolés par la « libérité » du nouveau élu. Certes il n’est pas le premier libérien de souche à accéder à présider le Liberia, mais ses origines dit-on modestes et son enfance dans les faubourgs de Monrovia en font un président marqué du sceau de l’authenticité.

L’allégresse qui a suivi son ascension au pouvoir s’est propagée jusque dans nos institutions européennes, étant donné que l’UE avait dépêché une importante mission électorale au Liberia. La fin heureuse des élections est sans doute venue réconforter les espérances de la mission à élaborer ses recommandations dans la plus grande sérénité, de manière à pouvoir prodiguer d’utiles conseils au gouvernement libérien, pour l’amélioration de son processus électoral. Ailleurs on a connu pas mal de problèmes.

L’agenda politique de George Weah met en première position la lutte contre la corruption

Le Liberia doit actuellement faire face à un destin qui apparaît peu reluisant, en raison des rudes conditions économiques et sociales qui y prévalent. Son économie, basée en sur l’exportation des matières premières, lui octroie un caractère extraverti et dépendant des fonds extérieurs. Il faudra disposer des travailleurs bien qualifiés pour inverser son orientation.

Sauf que, à cause des deux guerres civiles récentes, de nombreux jeunes Libériens n’ont pas eu l’accès à l’éducation. Celle-ci constitue sans doute le défi majeur, qui ne peut donner ses fruits que très lentement. Il est clair que les questions de l’emploi sont les plus urgentes. De nombreux électeurs qui ont porté George Weah au pouvoir s’attendraient à ce que ce dernier puisse leur procurer des emplois, dans de brefs délais. Or, selon des témoignages crédibles, le manque d’emploi et le désœuvrement qui en a résulté ces dernières décennies a fortement compromis les habitudes de sacrifice nécessaires à tout engagement professionnel, de sorte qu’il faudra ré-enseigner aux jeunes à travailler.

L’agenda politique de George Weah met en première position la lutte contre la corruption. C’est une option importante et il faudra que l’UE le soutienne dans cette démarche. Avec la stabilisation politique et la consolidation de la démocratie au Liberia, devrait s’en suivre un engagement économique sans hésitations, à fin que ce pays puisse retrouver la vocation émancipatrice qui l’a vu naître. Nous soutiendrons les efforts de George Weah dans ce sens.

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