Algérie : Bouteflika recadre son Premier ministre sur le projet de privatisation des entreprises publiques

Par Jeune Afrique avec AFP

Ahmed Ouyahia lors d'un discours à Alger le 11 juin 2017. © Sidali Djarboub/AP/SIPA

Le chef de l’État a fait savoir à son Premier ministre Ahmed Ouyahia, que tout projet de privatisation devrait désormais d'abord recevoir son aval. Cafouillage au sommet.

« Le président de la République a donné instruction au gouvernement de subordonner à son accord préalable tout accord d’ouverture de capital ou de cession d’actifs des entreprises publiques ». C’est par un courrier adressé au gouvernement et révélé par l’agence officielle APS, lundi 15 janvier, qu’Abdelaziz Bouteflika a rappelé à l’ordre son Premier ministre, Ahmed Ouyahia, au sujet de son projet de privatisation. Un courrier officiel qui confirme la tension au sommet qui subsiste entre le chef de l’exécutif et l’entourage présidentiel.

Dimanche 14 janvier, le ministre algérien de l’Industrie, Youcef Yousfi, avait déjà annoncé cette mise en garde présidentielle en remettant en cause la récente annonce du Premier ministre, concernant l’ouverture du capital de PME publiques. Il avait alors soutenu que toute décision politique de ce type devait être validée par Abdelaziz Bouteflika.

Ce projet de privatisation avait été annoncé le 23 décembre par le Premier ministre Ahmed Ouyahia. Ce dernier avait alors déclaré que son équipe allait « faciliter l’ouverture du capital des petites et moyennes entreprises publiques », après la signature par le gouvernement, le patronat et la principale centrale syndicale du pays, d’une charte visant à développer les partenariats entre les secteurs publics et privés.

Bouteflika s’en mêle

« La décision est un acte politique visant à apporter un surcroît de transparence, d’équité et d’efficience de ce partenariat public-privé, souvent sujet à des suspicions et à des interprétations abusives l’assimilant à un bradage du patrimoine public », indique l’APS selon « des sources autorisées ».


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Ahmed Ouyahia a été nommé Premier ministre en août, après le limogeage d’Abdelmadjid Tebboune, critiqué pour sa politique économique, trois mois à peine après sa nomination. Depuis 2014, l’Algérie fait face à la chute des prix des hydrocarbures – qui représentent 95 % de ses ressources à l’exportation -, ayant notamment aggravé son déficit budgétaire et provoqué une sérieuse érosion de ses réserves de change.

Guerre à distance

À un an de la présidentielle, une bataille larvée oppose Ahmed Ouyahia et Djamel Ould Abbès, patron du FLN, qui multiplie les pressions sur le Premier ministre dans ce contexte de crise économique. En décembre, il avait rejeté son projet de privatisation des entreprises publiques, assurant que le secteur public ne devait pas être touché. Le 3 janvier, il avait organisé une réunion avec l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) et le Forum des chefs d’entreprise (FCE) d’Ali Haddad, pour marquer ses distances avec le projet de Ouyahia.

Suite à la mise en garde présidentielle adressée au Premier ministre, le FLN ne s’est pas privé de noter sa satisfaction. Dans un communiqué publié lundi, il a noté « avec soulagement, fierté et orgueil une décision souveraine et ferme ».

Selon la presse algérienne, Ouyahia pourrait se prononcer sur les derniers rebondissements de son projet de privatisation le samedi 20 janvier, à l’issue de la réunion du Conseil national de son parti, le Rassemblement national des démocrates (RND).

 

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