Cameroun : le président de la « République d’Ambazonie » toujours détenu au Nigeria

Sisiku Julius Ayuk Tabe, leader séparatiste de la partie anglophone du Cameroun, "président" de la république auto-proclamée d' "Ambazonie", en octobre 2017 aux États-Unis. © DR / Copie d'écran Youtube

Les dix leaders sécessionnistes camerounais arrêtés au Nigeria n'ont pour l'instant pas été extradé au Cameroun. Yaoundé affirme qu'un mandat d'arrêt international a été émis à leur encontre. Au Nigeria, l'un des avocats des sécessionnistes affirme que certains ont le statut de résident permanent et d'autres bénéficient de l'asile politique.

Le flou persiste autour du sort des dix leaders sécessionnistes camerounais, dont Sisiku Julius Ayuk Tabe, président de l’autoproclamée « République fédérale d’Ambazonie », arrêtés selon le mouvement dans un hôtel d’Abuja le vendredi 5 janvier.

Ultimatum de l’avocat des sécessionnistes

Le gouvernement camerounais n’a pour l’instant pas publiquement communiqué sur ces arrestations. « Des agents du service de la sécurité d’État sont intervenus dans l’hôtel où nos clients se réunissaient et les ont emmené vers une destination inconnue », a assuré Femi Falana l’avocat nigérian des membres du mouvement sécessionnistes interpellés, joint par Jeune Afrique.

L’avocat a demandé la libération immédiate de ses clients « détenus illégalement » s’ils ne sont pas « inculpés dans les 48 heures ». « Si ils restent en détention il faut que le gouvernement fédéral du Nigéria fournisse la preuve qu’ils sont impliqués d’une quelconque manière dans des agissements criminels sur le territoire nigérian », insiste-t-il, menaçant d’engager des procédures judiciaires si la libération n’est pas actée dans le délai réclamé.

Questions autour des mandats d’arrêts

Depuis novembre 2017, une quinzaine de mandats d’arrêts internationaux ont été émis contre certaines figures du Southern Cameroon National Council (SCNC), affirment les autorités camerounaises.

« Ces mandats d’arrêt internationaux ont été émis à l’encontre de ces personnes qui poussent à la destruction de l’unité de notre nation et aux attaques contre nos militaires », assure à Jeune Afrique Issa Tchiroma, ministre de la Communication du Cameroun, sans toutefois préciser le nombre de mandats, ni l’identité des personnes visées.

Maître Femi Falana assure ne pas avoir connaissance de l’existence de tels documents. L’avocat nigérian affirme par ailleurs que les cadres séparatistes arrêtés à Abuja ne sont « pas de simples immigrés ».

« Quatre d’entre eux ont se sont vu accorder l’asile politique au Nigéria, cinq autres ont le statut de résident permanent dans le pays et le dernier a un passeport américain » assure-t-il, affirmant que les autorités camerounaises ont demandé à Abuja de lui remettre les détenus.

« Si il s’avère que ces gens sont responsables des actes commis contre nos forces armées, il semble normal qu’ils soient jugés au Cameroun », répond le ministre de la Communication du Cameroun.

Comité de direction intérimaire

En attendant que l’imbroglio judiciaro-diplomatique soit démêlé, le mouvement sécessionnistes tente de se réorganiser. Un conseil direction de trois personnes a été annoncé pour prendre le relais.

Ce comité de direction intérimaire a été « mis en place pour gérer les affaires courantes » en attendant la libération des leaders du mouvements, précise Chris Anu, secrétaire général et porte-parole du mouvement sécessionniste. Harmony Bobga dirigera ce comité avec deux autres personnes dont le nom n’a pas été communiqué.

Avocat au Barreau camerounais, exerçant à Bamenda, un des fiefs de la contestation anglophone, Harmony Bobga est une figure connue du mouvement de contestation, il a été l’un des instigateurs du mouvement de protestation des avocats à l’origine de la résurgence de la crise anglophone en octobre 2016.

Nombreux échanges entre Yaoundé et Abuja

Ces arrestations sont l’aboutissement de multiples rencontres de haut niveau entre Yaoundé et Abuja. Le 7 décembre dernier, le haut-commissaire du Nigeria, Lawan Abba Gashagar, envoyé spécial de Muhammadu Buhari, était reçu au palais présidentiel de Yaoundé où il avait assuré que le Nigeria « ne servirait jamais de base arrière » aux sécessionnistes camerounais.

Quelques semaines plus tôt, Paul Biya avait envoyé son ministre de l’Administration territoriale et homme de confiance, René Emmanuel Sadi, qui a été reçu à Abuja, le 15 novembre, par le vice président du Nigeria, Yemi Osinbajo. Ils s’étaient entretenus sur  « les relations bilatérales », « la coopération entre les deux pays dans la guerre contre Boko Haram et le terrorisme ».

Les autorités camerounaises, qui cherchent à découvrir qui se cachent derrière les leaders sécessionnistes, entendent s’appuyer sur les bonnes relations entre les deux pays. Les Camerounais enquêtent notamment sur les liens de ces leaders avec la trentaine de combattants arrêtés récemment dans le nord du Nigeria, dans l’État de Taraba, frontalier avec le Cameroun.

Mais les négociations en vue de l’extradition des leaders arrêtés semblent prendre plus de temps qu’anticipé par Yaoundé. Et s’ils étaient effectivement extradés, ces leaders pourraient être ensuite détenus au secret « pour raisons de sécurité », selon une source sécuritaire camerounaise.

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