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RDC – Mokonda Bonza : « Beaucoup d’opposants, peu de vision politique »

Le sénateur congolais Mokonda Bonza, leader de la Convention des chrétiens démocrates (CDC) et ancien directeur de cabinet de Mobutu, le 15 décembre 2017 à Paris. © Vincent Fournier/J.A.

Au moment où l'Église catholique congolaise semble avoir pris le relais de la contestation anti-Kabila, le sénateur Florentin Mokonda Bonza, ancien directeur de cabinet de Mobutu, pose son diagnostic de la classe politique de la RDC. Sans fard ni artifice.

À Kinshasa, tout le monde connaît son franc-parler. Lors de son récent passage à Paris pour des « contacts d’ordre privé », le sénateur congolais Florentin Mokonda Bonza n’a pas non plus retenu ses coups lorsqu’il est revenu pour Jeune Afrique sur la crise politique qui perdure en RDC : opposants ou membres de la coalition au pouvoir, l’ancien directeur du cabinet du président Mobutu Sese Seko n’a épargné personne.

Des pourparlers successifs n’ont pas permis au pays de se tirer de l’impasse politique due, principalement, à la non organisation des élections dans les délais constitutionnels en 2016. Inversement, beaucoup d’acteurs politiques, dans les deux camps, y ont laissé leur crédibilité.

En conséquence, d’un côté, l’opposition peine de plus en plus à mobiliser la rue, de l’autre, la coalition au pouvoir ne parvient pas à convaincre les citoyens de sa bonne foi. C’est finalement l’Église catholique, à travers un Comité laïc de coordination lancé en novembre et adoubé par le cardinal Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa, qui se met débout pour exiger l’application du compromis politique signé le 31 décembre 2016.

Oui, il faut que Kabila parte, mais qu’est-ce que vous faites après ?

Jeune Afrique : L’opposition congolaise est-elle encore aujourd’hui à la hauteur des enjeux ?

Mokonda Bonza : En RDC, nous créons des partis, mais nous n’avons pas des programmes. C’ est le grand problème de la classe politique congolaise. Beaucoup d’opposants, peu de vision politique. Trop souvent, des formations politiques naissent avec le seul espoir de participer au partage de pouvoir à l’issue des pourparlers et autres négociations. C’est en effet de cette manière qu’on devient membre du gouvernement ou du conseil d’administration d’une entreprise publique en RDC.

Nous avons des problèmes sérieux au sein de l’opposition. Nous sommes tous des opposants certes, mais rares sont ceux qui détiennent un projet de société, un programme. Beaucoup d’entre nous se contentent de clamer « Kabila doit partir! ». Comme ce fut déjà le cas à l’époque de Mobutu. Oui, il faut que Kabila parte, mais qu’est-ce que vous faites après ? Trop peu poussent la réflexion ou la stratégie jusqu’à ce niveau.

Quelle marge de manœuvre reste-t-elle à l’opposition congolaise ?

Nous qui nous réclamons de l’opposition, nous avons le devoir de nous unir. Nous mettre ensemble pour faire pression sur le pouvoir, pour que la Constitution soit respectée et que des élections soient réellement organisées. Il n’est pas forcément nécessaire de créer un méga regroupement. L’essentiel, c’est de parler d’un même langage et poursuivre les mêmes objectifs.

Il y a quelques efforts dans ce sens, mais nous devons les poursuivre. Moi-même, en septembre déjà, je lançais un appel pour l’unité de l’opposition. Je reste convaincu que la lutte pour une vraie alternance démocratique en RDC requiert la mise en commun des énergies de toutes les forces politiques et sociales, sans exclusive.

JEROME DELAY/AP/SIPA

L’objectif poursuivi par le camp de Kabila est celui de parvenir à créer un parti unique

Pour des élections législatives à venir, il faudra désormais atteindre ou dépasser 1 % du nombre total de suffrages valablement exprimés pour qu’une liste de partis ou de regroupements politiques puisse espérer obtenir une part de la répartition des sièges. Pourquoi ce « seuil de représentativité » continue-t-il à diviser la classe politique ?

Cette innovation divise parce qu’elle vient changer les règles du jeu au moment d’aller aux élections. Et ce n’est pas la première fois. En 2011, le président Joseph Kabila avait déjà utilisé sa majorité au Parlement pour modifier la Constitution, faisant passer le scrutin présidentiel de deux à un tour.

Faut-il aussi rappeler que c’est bien un avant-projet de loi que le gouvernement avait déposé à l’Assemblée nationale alors qu’il devait présenter un projet de loi débattu et adopté en conseil des ministres.

De fait, avec l’introduction de ce seuil de représentativité, l’objectif poursuivi par le camp de Kabila est celui de parvenir à créer un parti unique. Et c’est dans ce même esprit que la majorité au pouvoir tente d’imposer des machines à voter pour les prochaines élections. Dans un pays où beaucoup, dans des villages, ne savent pas utiliser des smartphones…

Craig Ruttle/AP/SIPA

Je ne crois pas à la tenue des élections en décembre 2018. Joseph Kabila n’inspire pas confiance

Dans le camp du président Kabila, on rétorque que c’est un procès d’intention…

C’est ce qu’il a toujours dit. On finit toujours par se rendre compte que ce n’est pas un procès d’intention mais que l’intention est bien réelle. Tenez, bien avant décembre 2016, nous soupçonnions déjà le pouvoir de ne pas vouloir organiser les élections. Il rétorquait : « Procès d’intention. » Plus d’une année plus tard, les scrutins ne sont toujours pas organisés.

Autrement dit, vous ne croyez pas non plus à la volonté du pouvoir de conduire le pays aux élections d’ici décembre 2018, comme prévu dans le calendrier électoral…

Je ne crois pas à la tenue des élections en décembre 2018. La raison est simple : Joseph Kabila n’inspire pas confiance. Or c’est lui le vrai maître du jeu. J’aurais bien voulu croire à l’organisation des élections cette année, mais compte tenu de ce que nous avons vécu dans le passé, je n’y crois pas. La stratégie de Kabila consiste à faire traîner les choses en longueur et d’empêcher ainsi la tenue des scrutins.

Aujourd’hui, le régime, avec un budget de quelque 4 ou 5 milliards de dollars, prétend pouvoir financer seul les élections dont le coût est estimé à 432 millions de dollars par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni).

Va-t-il réellement concentrer 10 % de ce budget à l’organisation des scrutins prévus en décembre ? Je n’y crois pas. Il est certain qu’arrivera un moment où le gouvernement dira qu’il n’a pas pu mobiliser les moyens financiers nécessaires. D’ailleurs le ministre du Budget l’avait déjà laissé entendre il y a quelques mois.


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Si la présidentielle se tient en décembre, serez-vous candidat comme lors de la présidentielle de 2006 ?

C’est envisageable. Pour l’instant, rien n’est encore décidé. Une élection se prépare. Il faut d’abord réunir les moyens et mobiliser les compatriotes autour d’un programme. Cette vue d’ensemble est nécessaire avant de se décider de se jeter à l’eau, ou pas.

L’hypothèse de s’aligner derrière un autre candidat serait-elle aussi envisageable ?

« Il ne faut pas dire, fontaine, je ne boirai pas de ton eau. » Au niveau de mon parti, la Convention des démocrates chrétiens (CDC) et de la la plateforme Nouvelle initiative pour le Congo (NIC) que je dirige, nous ne pouvons soutenir un candidat que s’il a une vision politique, un programme.

Nous, à la NIC, nous avons un programme mis sur la place publique depuis avril 2016. Et nous avons une vision pour reconstruire le Congo.

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