La restauration des terres en Afrique, une urgence qui doit passer par le secteur privé

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Mamadou Diakhité est l'administrateur principal du programme Gestion durable des terres et de l’eau au sein de l’agence du Nepad.

Des volontaires replantent la mangrove dans le delta du Saloum, au Sénégal, en octobre 2015. © Jane Hahn/AP/SIPA

Pour cet administrateur du Nepad, il est urgent de repenser la distribution de l’aide à la lutte contre le réchauffement climatique en Afrique, en s’appuyant notamment sur le secteur privé.

À l’heure où l’urgence climatique se manifeste sous tant de formes, que ce soit par la violence des catastrophes naturelles, la baisse des récoltes en milieu rural ou la dégradation de l’air dans les villes, il est plus que jamais difficile d’établir une hiérarchie des priorités entre atténuation des émissions de gaz à effet de serre (GES) et adaptation aux changements climatiques.

Dans un tel contexte, il me semble qu’il ne faut pas se laisser enfermer dans cette hiérarchisation quasi-idéologique des priorités et plutôt regarder la manière dont nous pouvons identifier et financer les projets qui permettront de gagner la course contre le climat.

Le continent africain doit miser sur l’adaptation au changement climatique

Prenons l’exemple de la Casamance où un quart de la surface totale des mangroves – 45 000 ha – a disparu depuis les années 1970. Pour contrer ce phénomène, l’ONG sénégalaise Océanium, en partenariat avec le fonds d’investissement privé Livelihoods Venture, a entrepris de restaurer la mangrove pour freiner les effets des changements climatiques.

Le projet a permis de reprendre la culture du riz et d’assurer une production supplémentaire de 18 000 tonnes de poisson par an. Avec 80 millions d’arbres replantés, ce sont aussi 500 000 tonnes équivalent-carbone qui seront stockées sur vingt ans. En somme, ce projet assure l’adaptation tout en s’inscrivant dans une logique d’atténuation, en permettant une capture efficace du CO2.

Adaptation plutôt que réduction

Le continent africain, qui ne contribue que pour 4 % aux émissions de GES, est le plus affecté par les phénomènes de désertification et de baisse des récoltes. Dès lors, faire porter l’essentiel des efforts sur l’adaptation aux changements climatiques – plutôt que sur la réduction des émissions – semble être la voie la plus rationnelle au niveau du continent.

Mais comment faire en sorte que le ratio défavorable des financements (seulement 20 % consacrés à l’adaptation) envers ce versant de l’aide pour le climat cesse d’être un handicap ? Je crois que les projets mixtes comme celui de la mangrove sénégalaise nous indiquent la marche à suivre. Ce type d’action permet de poursuivre dans un même mouvement les objectifs d’adaptation et d’atténuation des impacts des changements climatiques.

 À charge pour les États de faire en sorte que les biens communs créés ou protégés soient justement valorisés et rémunérés

C’est pourquoi il importe dès maintenant d’encourager les financements privés pour compléter l’aide publique qui demeure encore insuffisante pour préparer l’Afrique aux défis climatiques des prochaines décennies.

D’après l’OCDE, le montant de l’aide publique pour le climat devrait se monter à 67 milliards de dollars annuels en 2020 alors qu’il en faudrait un total compris entre 77 et 133 milliards pour financer la totalité des objectifs de réduction des GES.

Le complément viendra nécessairement du privé, à charge pour les États de faire en sorte que les biens communs créés ou protégés grâce aux financements privés soient justement valorisés et rémunérés.

Heureusement, les signes d’une forte prise de conscience de la part des financeurs privés sont déjà visibles. À l’occasion du One Planet Summit qui s’est tenu le 12 décembre à Paris, 91 entreprises françaises, représentant au total 1 500 milliards d’euros de chiffres d’affaires, ont lancé ensemble le French Business Climate Pledge, une initiative d’au moins 60 milliards d’euros d’investissements industriels et de R&D dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

Je crois que la restauration des terres est l’un des domaines prioritaires que l’Afrique doit porter à l’attention de ses partenaires publics et privés si elle veut gagner son combat contre les effets des changements climatiques.

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