Elections

RDC : marches des chrétiens ou comment (re)faire bloc contre Kabila

À Kinshasa, des partisans de l'opposition se déplacent pour accueillir Étienne Tshisekedi, aujourd'hui décédé, le 27 juillet 2016. © John Bompengo/AP/SIPA

Par une lettre d'information parvenue jeudi à l'Hôtel de ville de Kinshasa, le comité laïc de coordination de l'Église catholique confirme la tenue dimanche des marches chrétiennes à travers la RDC pour réclamer la "mise en oeuvre intégrale" de l'accord de la Saint-Sylvestre. La démarche est soutenue par plusieurs forces politiques et sociales anti-Kabila.

Même des acteurs inattendus répondent présents à l’appel. C’est le cas, ce jeudi 28 décembre, des Progressistes de l’ancien Premier ministre Samy Badibanga (décembre 2016 – avril 2017). Cet ancien proche collaborateur de l’opposant historique Étienne Tshisekedi, aujourd’hui décédé, s’était pourtant rapproché du régime du président Joseph Kabila, à la sortie des pourparlers politiques de fin 2016. Il s’affiche désormais dans le camp opposé. « Il est de notre devoir en tant que citoyens et leaders politiques de dénoncer toutes situations portant atteinte à la Constitution et à l’avancement de la nation congolaise », estime le député, invitant « [ses] militants à participer massivement » aux marches des chrétiens prévues le dimanche 31 décembre à travers le pays.

Dans la capitale congolaise, « pendant la journée du dimanche prochain, 31 décembre, les chrétiens de la ville de Kinshasa marcheront pacifiquement à partir de différentes paroisses afin d’exiger des parties prenantes la mise en oeuvre intégrale et de bonne foi de l’accord politique global et inclusif du Centre interdiocésain de Kinshasa, signé le 31 décembre 2016 ».

Réclamons haut et fort cet avenir meilleur en répondant massivement à l’appel

Ce compromis prévoyait une « période préélectorale » gérée de manière consensuelle entre la majorité au pouvoir et le Rassemblement de l’opposition congolaise. Une année plus tard, le texte souffre d’une application biaisée. Des évêques catholiques, alors médiateurs des pourparlers, n’ont cessé de dénoncer des « entorses » à sa mise en œuvre.

Kamerhe, Tshisekedi fils, Katumbi… l’opposition refait bloc

Face à un pouvoir qui ne veut rien lâcher, l’opposition congolaise resserre les rangs. L’insaisissable Vital Kamerhe a pris, de nouveau, ses distances avec le pouvoir de Kabila. Lui qui avait pourtant, il y a peu, autorisé ses lieutenants de l’Union pour la nation congolaise (UNC) à prendre part au gouvernement mis en place à l’issue des négociations politiques.

Floué, il a repris contact avec Félix Tshisekedi et Moïse Katumbi, deux figures du Rassemblement. Un cliché largement partagé mi-décembre sur les réseaux sociaux. Comme pour immortaliser le premier pas du retour au bercail du fils prodigue.

Quelques semaines plus tôt, en signe de bonne foi, Vital Kamerhe s’était même séparé de son ancien conseiller et ami, Pierre Kangudia, qui a refusé de démissionner du gouvernement. À Kinshasa où il se trouve depuis le 17 décembre, après un bref séjour à Bruxelles et à Paris, l’ancien président de l’Assemblée nationale mobilise ses partisans pour la marche des chrétiens. Comme le fait également Félix Tshisekedi, président du Rassemblement, ou Martin Fayulu, candidat déclaré à la présidentielle et très engagé sur le terrain.

Depuis son exil à Bruxelles, Moïse Katumbi soutient aussi la démarche. « Ce 31 décembre 2017, il nous appartient de prendre notre destin en main ! Réclamons haut et fort cet avenir meilleur en répondant massivement à l’appel du comité laïc de coordination de l’Église catholique », a-t-il indiqué dans une déclaration rendue publique mercredi 27 décembre.

La Lucha ne fait pas bande à part

Des mouvements citoyens clament également leur adhésion aux marches des chrétiens. La Lutte pour le changement (Lucha), très actif dans l’est du pays, a même décidé d’annuler ses triples manifestations anti-Kabila, initialement prévues les 28, 29 et 30 décembre. « Nous avons eu une concertation avec le comité des laïcs catholiques et nous nous sommes convenus de tout ramener au 31 décembre », confirme à Jeune Afrique Fred Bauma, l’un de ses leaders.

Nous ne sommes pas vos ennemis !

Même son de cloche du côté des Congolais debout. « L’heure est venue de faire échec à M. Joseph Kabila, ainsi qu’à son régime de prédation, qui ne règne que par la ruse, la corruption et la répression sur le peuple congolais », dénonce l’homme d’affaires Sindika Dokolo, initiateur du mouvement, qui appelle aussi ses militants à participer aux marches annoncées.

« Action de déstabilisation des institutions » ?

Dans le camp d’en face, on crie déjà à « l’insurrection » et on appelle les forces de l’ordre et de sécurité à prendre leurs dispositions. « Il n’y a aucune marche organisée : il s’agit d’une action de déstabilisation des institutions », peste dans un forum privé un responsable du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), formation politique de Kabila.

Décidément, le bloc anti-Kabila ainsi reconstitué n’est pas du goût de tout le monde. Les risques de dérapage ne sont donc pas exclus. Sous Mobutu, le 16 février 1992, la marche des chrétiens réclamant la réouverture de la Conférence nationale souveraine, avait été réprimée dans le sang. Presque vingt-six ans plus tard, les organisateurs de ces nouvelles manifestations appellent policiers et militaires à la retenue. « Nous ne sommes pas vos ennemis ! » clament-ils.

Fermer

Je me connecte