Nomination du nouvel ambassadeur de Mauritanie au Maroc : début de la fin des tensions entre les deux pays ?

Par Jeune Afrique

Mohammed VI, roi du Maroc, et Mohamed Ould Abdelaziz, président de la Mauritanie. © Photomontage / SIPA AP / Francois Mori / Remy de la Mauviniere

La brouille diplomatique entre Rabat et Nouakchott serait-elle sur le point de se terminer ? La décision de Mohamed Ould Abdelaziz de nommer un ambassadeur à Rabat, poste laissé vacant ces cinq dernières années, indique un pas de plus vers le réchauffement de relations entre les deux pays.

Mohammed Lemine Ould Abeye a été nommé mercredi ambassadeur de Mauritanie à Rabat par le président Mohamed Ould Abdelaziz. Le Maroc doit encore accepter les lettres de créance du diplomate, mais cette seule annonce marque un important pas de plus dans le timide réchauffement diplomatique en cours entre les deux pays.

Un diplomate discret pour une nomination symbolique

Ancien ministre de l’Hydraulique et de l’ssainissement (2008-2013), Mohammed Lemine Ould Abeye, 54 ans, est un homme discret. Il a été ambassadeur de Mauritanie à Dakar, en 2014, puis à Niamey, en 2015. Poste qu’il occupe toujours actuellement.

Mohammed Lemine Ould Abeye connaît déjà Rabat pour y avoir étudié, au sein de l’École normale supérieure (ENS), où il a décroché un doctorat en hydrochimie en 1993. Il y prendra la suite de Mohamed Ould Mouaouia, parti en 2012 sans qu’un successeur n’ait été nommé.

Au-delà de l’homme, c’est surtout la nomination qui a force de symbole. Les relations entre le Maroc et la Mauritanie ont toujours été complexes, notamment au regard du positionnement de Nouakchott dans le bras-de-fer qui se joue entre le Maroc et l’Algérie, ses deux voisins immédiats. Les tensions ont aussi pour origine la question du Sahara occidental – la Mauritanie a reconnu la République arabe sahraouie démocratique (RASD), et c’est à Zouerate, en Mauritanie, que naît le Front Polisario en 1973, à l’époque avec pour ennemi désigné l’Espagne.

Quand elles ne sont pas au point mort, les relations entre les deux pays n’ont cessé de se dégrader ces vingt dernières années. On ne compte plus les épisodes de poussées de fièvre comme celle qui s’est jouée il y a un an, lorsque le secrétaire général de l’Istiqlal marocain, Hamid Chabat, a déclaré que « la Mauritanie [était] une terre marocaine et que les enclaves du Maroc s’étend[ai]ent de Sebta [Ceuta, ndlr] au fleuve Sénégal ». Un dérapage verbal fort peu diplomatique qui a même conduit Mohammed VI à joindre directement le président Mohamed Ould Abdelaziz.


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Bouamatou et Chafi, deux opposants au centre de la crise

Mais plus récemment, c’est surtout le cas de deux virulents opposants mauritaniens qui a cristallisé la tension entre les deux pays. Le premier, Mohammed Ould Bouamatou, un homme d’affaires actif dans les secteurs des médias, de la téléphonie et de la banque, est visé par une plainte pour « corruption » et s’est « expatrié » à Marrakech en 2010.

Le second, Moustapha Chafi – connu pour son rôle dans les négociations de plusieurs otages occidentaux –, vit à Rabat, bien qu’il soit l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par la Mauritanie en 2011 pour « intelligence avec des groupes terroristes ».

Comme le révélait Jeune Afrique fin septembre, le ministre mauritanien de l’Intérieur, Ahmedou Ould Abdallah, a demandé à son homologue marocain, Abdelouafi Laftit, de se pencher sur le cas de ces deux opposants.

La teneur des discussions n’est pas connue, mais début octobre, l’ambassadeur du Maroc en Mauritanie, Hamid Chabar, a obtenu son accréditation, qu’il attendait depuis le mois de juin. Il a remplacé Abderrahmane Benomar, décédé en décembre 2016. Et il n’aura fallu attendre que quelques semaines pour que l’ambassadeur de Mauritanie à Rabat soit nommé.

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