Politique

Yahya Jammeh et Dan Gertler visés par des sanctions du Trésor américain

Le président gambien Yahya Jammeh © Sunday Alamba/AP/SIPA

Le département du Trésor américain a décidé d'imposer une série de sanctions à 15 personnalités, en raison d'atteintes répétées aux droits de l'homme. L'ancien président gambien et l'homme d'affaires israélien proche de Joseph Kabila sont visés.

Les États-Unis viennent de publier une liste de personnalités et d’entreprises ciblées par un volet de sanctions économiques. Délivrée par le Bureau du contrôle des avoirs étrangers du département du Trésor américain, cette liste comporte les noms de plusieurs personnalités connues sur le continent africain. Parmi elles, deux personnalités se détachent en particulier : Dan Gertler, homme d’affaires israélien et acteur-clé du secteur minier congolais, et Yahya Jammeh, ancien président de la Gambie qui a pris le chemin de l’exil en janvier dernier après avoir tenté de se maintenir au pouvoir malgré sa défaite aux élections.

Conséquence immédiate pour les personnes et les sociétés ciblées par ce nouveau volet de sanctions américaines : tous leurs biens et comptes bancaires sur le territoire américain sont saisis ou gelés. Il est par ailleurs interdit aux ressortissants des États-Unis d’effectuer quelque transaction que ce soit avec les personnes ou entités sanctionnées.

Homme d’affaires et ami gênant

Proche du régime de Joseph Kabila, Dan Gertler est ciblé par l’administration américaine qui lui reproche d’avoir profité de « ses relations avec le chef d’État congolais pour servir d’intermédiaire pour la vente d’actifs miniers en RDC, imposant à des compagnies multinationales de passer par Gertler pour faire affaire avec l’État congolais. »

Selon le communiqué du département américain du Trésor, « la RDC a perdu d’un 1,36 milliard de dollars de recettes à cause de la vente à prix cassés de ces actifs à des compagnies offshore liées à Gertler ». Depuis son arrivé au Congo à la fin des années 1990, Dan Gertler est devenu l’interlocuteur privilégié des groupes miniers, mais sa proximité avec le régime de Joseph Kabila et les soupçons de pots-de-vin qui le visent ont fragilisé sa position ces derniers mois.


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Après des années de relations commerciales, le géant suisse des matières premières Glencore a décidé en avril de prendre ses distances avec l’homme d’affaires israélien controversé. La société, dirigée par le Sud-Africain Ivan Glasenberg, a annoncé en janvier le rachat pour 534 millions de dollars – 495 millions d’euros – des parts de Dan Gertler dans Katanga Mining et Mutanda Mining, qui exploitent deux importantes mines de cuivre dans la région de Kolwezi, dans le sud-est de la RDC.

Jammeh également visé

Yahya Jammeh a également été épinglé sur la liste du Trésor étasunien. L’ancien homme fort de Banjul – qui a été forcé sous la pression de la Cedeao de quitter le 21 janvier dernier un pouvoir qu’il tenait d’une main de fer depuis 1994 – a « une longue histoire impliquant atteintes aux droits de l’homme et corruption », justifie le document du gouvernement américain.

Ciblés particulièrement, les « junglers », milice à la main de Jammeh, composée pour partie de mercenaires étrangers, sont qualifiés « d’escouade d’assassinat » par le Trésor américain. Des hommes répondant uniquement aux ordres du président gambien qui ont « menacé, terrorisé, interrogé et tué les individus considérés par Jammeh comme une menace ». Les terribles services de renseignements du NIA – National Intelligence Agency – sont également cités comme un instrument répressif au service exclusif de la suppression des opposants au régime.


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Le Trésor américain accuse l’ancien président gambien d’avoir mis en place au cours de son règne un système de corruption généralisé à son profit, d’avoir « pillé les coffres et siphonnés les fonds de l’État », jusqu’aux derniers jours de son passage au Palais présidentiel.

Le butin est – de fait – impressionnant, comme le rappelait déjà Jeune Afrique en juin dernier : 88 comptes bancaires, 14 sociétés, et plus de 50 millions de dollars (45 millions d’euros) pris dans les caisses de la Banque centrale…

Une liste de sociétés dans lesquelles il aurait des parts

Concrètement, dans le viseur du Bureau du contrôle des avoirs étrangers du département du Trésor américain figurent une liste de sociétés dans lesquelles Jammeh a – ou est suspecté – d’avoir des parts : Africada Airways, Kanilai Group International, Kanilai Worni Family Farms Ltd, Royal Africa Capital Holding Ltd, Africada Financial Service & Bureau de Change Ltd, Africada Micro-Finance Ltd, Africada Insurance Company, Kora Media Corporation Ltd, Atlantic Pelican Company Ltd, Palm Grove Africa Dev’t Corp. Ltd, Patriot Insurance Brokers Co. Ltd, and Royal Africa Securities Brokerage Co Ltd.

Exilé en Guinée équatoriale, l’ancien maître de Kanilai a été accueilli en janvier dernier par le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo dans une villa réservée aux chefs d’État à Sipopo.

Executive Order Blocking the Property of Persons Involved in Serious Human Rights Abuses and Corruption by jeuneafrique on Scribd


Dernier Africain concerné par les sanctions, le Sud-Soudanais Benjamin Bol Mel (Bol Mel), président de la société de construction thaïlando-sud-soudanaise ABMC et ancien président de la chambre du commerce du Soudan du Sud. Ancien proche conseiller du chef d’État sud-soudanais Salva Kiir, Bol Mel est accusé d’avoir profité de sa proximité avec le pouvoir de Juba pour obtenir un traitement de faveur dans l’octroi de contrats pour la construction de routes à travers le pays.

 

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