Politique

Ouganda : le Parlement supprime la limite d’âge pour être candidat à la présidentielle

Le président ougandais et médiateur du dialogue interburundais, Yoweri Museveni, lors des négociations entre les différentes factions rivales burundaises, le 15 juillet 2015 à Bujumbura. © ABDULFITAH HASHI NOR / AFP

A une très large majorité, les députés ont voté pour la suppression de la limite d'âge pour être élu président. Cet amendement de la Constitution permettra au président Yoweri Museveni, 73 ans de présenter une nouvelle candidature en 2021.

L’amendement très controversé de la Constitution ougandaise visant à supprimer la limite d’âge pour être élu président a été adopté mercredi 20 décembre 2017, par 315 voix contre 62, et deux abstentions, à l’issue de trois jours de débats houleux.

Si le Parlement ougandais est largement dominé par le parti au pouvoir, certains députés n’ont pas hésite à casser des assiettes et à jeter des ustensiles pour manifester leur opposition. Ils ont été évacués manu militari du Parlement.

Ce que contient la loi

Au pouvoir depuis 1986, ce n’est pas la première fois que le président Yoweri Museveni recourt à une modification de la Constitution. Déjà en 2005, la Constitution avait été modifiée pour supprimer la limitation à deux mandats présidentiels ce qui lui a permis de briguer un troisième, quatrième et cinquième mandats.

Néanmoins ce nouveau projet de loi réintroduit la limite au nombre de mandats présidentiels, qui avait été supprimée. Toutefois cette limite à deux mandats n’entrera en vigueur qu’après la prochaine élection permettant ainsi à Musveni de se présenter à nouveau à deux reprises.

La loi opère également des changements sur le mandat des députés, qui a été rallongé de deux ans, passant de cinq à sept années. Les prochaines législatives auront donc lieu en 2023.

Des voix dissidentes s’élèvent

De nombreuses voix d’opposants se sont élevées au cours des derniers mois afin de dénoncer une manipulation juridique qui vise à permettre une nouvelle fois, au chef d’Etat de rester à son poste et de briguer un mandat supplémentaire.

Pour l’avocat et défenseur des droits de l’homme Nicholas Opiyo, ces décisions « constituent un revirement pour le processus démocratique en Ouganda ».

« Supprimer la limite d’âge, un des plus importants garde-fous, va enraciner le régime autocratique et dictatorial en Ouganda », a-t-il ajouté.

« Dans un pays où, selon les observateurs internationaux, les élections ne sont pas le reflet de la libre volonté du peuple, la limite d’âge était l’unique soupape de sécurité qui aurait permis que Museveni abandonne pacifiquement le pouvoir », selon lui.

Afin de rassurer l’opinion publique, le porte-parole du parti au pouvoir, le Mouvement de résistance nationale (NRM), Rogers Mulindwa, a assuré que la loi n’était pas faite pour bénéficier au chef d’Etat actuel, mais destinée à lutter contre la « discrimination » par l’âge.

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