Cameroun – Affaire Patrice Nganang : le français « épicé » en procès

L'écrivain camerounais Patrice Nganang, au Salon du Livre de Paris, en 2010. © DR / Creative Commons / Wikimedias

L’écrivain et activiste camerounais, arrêté à l’aéroport de Douala le 6 décembre dernier alors qu’il s’apprêtait à se rendre au Zimbabwe, doit passer devant les juges camerounais en janvier prochain pour répondre « d’outrage à corps constitué ». En cause, une série de termes –très offensifs - en « camfranglais », un mélange de langues nationales, d’argot populaire, de néologismes et de licence poétique.

Patrice Nganang sera donc jugé en janvier pour « outrage à corps constitué ». L’écrivain est épinglé pour l’ensemble de son « œuvre » anti-Biya, un florilège d’anathèmes jugés « outrageant », même s’ils sont parfois incompréhensibles pour les non-initiés.

En effet, l’écrivain parle en camfranglais, un argot à base de français, d’anglais et de langues camerounaises prisé par les jeunes des quartiers populaires, mais est dédaigné dans l’entre soi de l’élite politico-administrative.

« Wolowoss », quèsaco ?

A son procès, on discutera notamment d’un néologisme en particulier : celui qui a été retrouvée dans un post facebook de l’écrivain daté du 15 mars dernier. Patrice Nganang y affuble Chantal Biya, la première dame du Cameroun, de l’épithète « Wolwoss ». Il s’agit d’un nom féminin communément admis comme étant un synonyme de « prostituée », femme de peu de vertu, femme vénale, etc.

Dans ses travaux relatifs à La créativité néologique dans la presse francophone camerounaise, la sémiolinguiste Cécile Madiga estime que le nom commun Wolwoss est apparu dans le langage courant à partir de 1995.

On le lit dans les journaux satiriques, où il est synonyme de « Bordelle », autre épithète en français familier si courant qu’il a fini par faire son entrée dans le dictionnaire.

Une affaire moins juridique que sociétale

Dans le vaste lexique de la sexologie camerounaise, les femmes qui font commerce de leur corps sont aussi des « Maboya » – littéralement « Que faire ? » en langue Fang/Beti. A Libreville au Gabon, le nom familier consacré est « Tué-Tué »… Ces termes ont un point commun : ils sont trop vagues et trop connotés, donc insignifiants.

Dans l’establishment, on a du mal à accepter qu’un intellectuel choisisse le registre populaire pour faire passer ses idées. Du coup, l’affaire est moins juridique que sociétale.

Le procès Nganang se rapproche donc ainsi de celui de l’Ougandaise Stella Nyanzi, la militante et universitaire ougandaise, qui a été libérée sous caution le 10 mai à Kampala. Elle était détenue depuis le 7 avril dernier pour avoir notamment traité le président Yoweri Museveni de «paire de fesses».

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