Afrique du Sud : pour Cyril Ramaphosa, « le plus dur commence maintenant »

Cyril Ramaphosa lors du congrès de l'ANC qui a abouti à son élection à la tête du parti, le 18 décembre 2017 à Johannesburg. © Themba Hadebe/AP/SIPA

Au lendemain de l'élection de Cyril Ramaphosa à la tête du Congrès national africain (ANC), Marianne Séverin, spécialiste de l'Afrique du Sud, revient pour Jeune Afrique sur les chantiers qui attendent le successeur de Jacob Zuma à la tête d'un parti affaibli par les accusations de corruption.

Les chiffres parlent d’eux-même : 51,8% des suffrages, 179 voix d’écart. Épilogue d’une campagne longue et âpre, l’élection de Cyril Ramaphosa à la tête du Congrès national africain (ANC) au dépend de Nkosazana Dlamini-Zuma va-t-elle permettre de résoudre les divisions au sein du parti de la majorité, au pouvoir depuis 1994 mais rongé par les divisions et accusations de corruption qui visent le président Jacob Zuma ? Rien n’est moins sûr.

À deux ans de la prochaine présidentielle, les chantiers sont nombreux pour l’ancien protégé de Nelson Mandela, homme d’affaire accompli qui a notamment fait sur le thème de la lutte contre la corruption au sein du parti. Marianne Séverin, chercheur associé au Laboratoire des Afriques dans le monde de Sciences Po Bordeaux et spécialiste de l’Afrique du Sud explique à Jeune Afrique les retombées de cette élection.

Jeune Afrique : Quel bilan de l’état de l’ANC peut-on tirer à l’issue de ce congrès?

Marianne Séverin : Le bilan est assez mitigé. Le parti a beaucoup tergiversé avant le vote, quelques jours avant la conférence il y avait des rumeurs d’achat de voix… Pour l’instant, l’heure est à un discours d’union et de rassemblement mais il ne faut pas se leurrer, le parti est toujours divisé, comme il l’est depuis 2007 d’ailleurs. L’image de l’ANC a beaucoup souffert des accusations de corruption qui pèsent sur Jacob Zuma et le bon score de Nkosazana Dlamini-Zuma montre que le parti est assez fracturé.

Nkosazana Dlamini-Zuma lors du congrès de l'ANC à Johannesburg, le 18 décembre 2017. © Themba Hadebe/AP/SIPA

Il y a eu, au sein de la société sud-africaine, une forme de rejet de l’idée d’avoir un autre Zuma au pouvoir

Dans quelles mesures le soutien de l’actuel président a-t-il pénalisé Nkosazana Dlamini-Zuma?

Dès le départ il y a eu, au sein de la société sud-africaine, une forme de rejet de l’idée d’avoir un autre Zuma au pouvoir, en grande partie à cause des accusations de corruption qui vise le président sud-africain.

Je pense que Nkosazana Dlamini-Zuma n’a pas pris ses distances assez tôt avec le président, qu’elle a aussi bénéficier de son soutien mais qu’elle n’a pas fait de la lutte contre la corruption un sujet assez central de sa campagne. De fait elle est restée associée à une forme de continuité avec lui et cela a, d’une certaine manière, jouer en faveur de Cyril Ramaphosa.

Quels sont les principaux chantiers du nouveau leader de l’ANC, à deux ans de la présidentielle?

Son premier chantier sera de faire en sorte que Jacob Zuma quitte le pouvoir. Puis il faudra faire le ménage au sein de l’ANC, notamment les proches de la famille Gupta. Il faut attendre l’élection des 80 membres du comité de direction de l’ANC.

C’est le principal organe de décision du parti et si sa composition tourne en faveur des partisans de Ramaphosa cela pourrait avoir une influence sur la suite des événements puisque l’ANC aurait plus de moyens pour faire pression sur Jacob Zuma. C’est ce qui s’était passé avec le président Mbeki. Il avait perdu la présidence du parti face à Zuma et, sous la pression de l’ANC qui voulait éviter une rivalité au sein de la majorité, avait terminé son mandat plus tôt pour préparer la transition.

le 16 décembre, à Johannesburg, lors de l'ouverture du congrès de l'ANC qui a conduit à l'élection de Cyril Ramaphosa. © Themba Hadebe/AP/SIPA


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La situation semble plus délicate pour Jacob Zuma cette fois-ci…

La différence, ici, c’est que Jacob Zuma est visé par 783 chefs d’accusation pour corruption et fraudes. Il est conscient qu’il n’est pas dans son intérêt de quitter le pouvoir de manière anticipée.

Cyril Ramaphosa a-t-il les moyens de réformer le parti?

Je le pense. Le calendrier va jouer en sa faveur mais pour lui, le plus dur commence maintenant. Le congrès s’achève, la campagne pour la présidentielle de 2019 va vite s’engager. Avec les récents revers électoraux, l’ANC a l’obligation de refaire son image. Les parlementaires de l’ANC qui ont notamment permis à Jacob Zuma aux différentes motions de défiance qui l’ont visé auront tout intérêt à envoyer un signe fort aux électeurs sud-africains. En terme d’image, Cyril Ramaphosa rassure les investisseurs, le rand a bondi de 4% avec son élection, ce sont des signes positifs. Mais la route est encore longue.

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