Cameroun : l’écrivain Patrice Nganang a passé sa première nuit en prison

L'écrivain camerounais Patrice Nganang, au Salon du Livre de Paris, en 2010. © DR / Creative Commons / Wikimedias

L'écrivain et activiste camerounais, arrêté à l'aéroport de Douala le 6 décembre, a été placé en détention dans l'attente de son procès, prévu ce vendredi 15 décembre sous le régime de la comparution immédiate. Il est accusé d'« outrage » et d'« incitation à la violence ».

Sa garde à vue ayant pris fin, Patrice Nganang a passé sa première nuit à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé, où il a été transféré le 13 décembre au soir. La prochaine étape judiciaire aura lieu, pour lui, ce vendredi 15 décembre. L’écrivain sera alors présenté en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Yaoundé pour répondre des faits d’« outrage à corps constitué » et d’« incitation à la violence ».

Selon son avocat, Emmanuel Simh, les poursuites pour « faux et usage de faux » ayant été abandonnées, la saisine du tribunal criminel ne se justifiait plus. Il souligne cependant la réapparition de l’infraction d’« outrage à corps constitué », dans un ultime rebondissement de l’enquête.

Lettre ouverte publiée depuis sa cellule

En prison, donc, Patrice Nganang « se porte bien » selon son conseil. Même s’il est sous étroite surveillance. Déjà, le 12 décembre, le trublion avait été interrogé par les policiers qui souhaitaient savoir comment il était parvenu, du fond de sa cellule, à faire publier une chronique intitulée « L’aube d’une nouvelle République », dans le quotidien privé Le Messager.

Ce à quoi l’intéressé a répondu qu’il « ignorait » l’existence d’un règlement intérieur interdisant aux personnes gardées à vue d’écrire. Depuis, plusieurs de ses proches ont été refoulés et les livres que son avocat lui a offert ont été confisqués.


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Un message Facebook en cause

L’enseignant de littérature à la Stony Brook University de New York a été arrêté le 6 décembre dernier à l’aéroport de Douala alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol de Kenya Airways pour Harare, au Zimbabwe.

Il est accusé d’avoir menacé le président Paul Biya, pour avoir écrit un post sur Facebook dans lequel il se disait prêt à « donner une balle exactement dans le front » du président camerounais.

Quelques heures avant son arrestation, l’écrivain – de retour d’un périple dans les régions anglophones du Cameroun – avait également signé dans Jeune Afrique un « carnet de route en zone (dite) anglophone »

Un temps envisagée, l’inculpation pour « outrage à président de la République » a été abandonnée, puis réactivée mercredi. La possession d’un passeport américain en plus de son passeport camerounais dans un pays qui interdit la bi-nationalité, a été à l’origine des soupçons d’« immigration illégale » et de « faux et usage de faux ». Ces derniers chefs d’accusation ont été abandonnés par le parquet.

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