Diplomatie

Maroc : la RAM va porter plainte en France contre le chef de la diplomatie algérienne

Le ministre algérien chargé du Maghreb et de l'Union africaine lors d'une conférence de presse à Rome le 8 avril 2015. © Alessandra Tarantino/AP/SIPA

La compagnie aérienne marocaine attaque Abdelkader Messahel à Paris pour diffamation suite à ses propos sous-entendant qu'elle s'adonnait au trafic de drogue. Les banques marocaines pourraient riposter aussi.

La Royal Air Maroc (RAM) a mandaté trois avocats à Paris pour engager une plainte pour diffamation contre le ministre algérien des Affaires étrangères Abdelkader Messahel. Deux avocats parisiens spécialistes du droit de presse, Mes Ralph Boussier et Jean Yves Dupeux ainsi que l’avocat marocain, Hicham Naciri, réputé proche du palais royal, ont été sollicités le 21 octobre dernier par la compagnie marocaine pour plaider son dossier auprès de la justice française.

La plainte est sur le point d’être finalisée et devrait être déposée le 20 janvier prochain auprès du doyen des juges d’instruction du Tribunal de grande instance de Paris, a appris Jeune Afrique auprès de sources proches du dossier. Contactés, les responsables de la RAM n’étaient pas joignables à l’heure où nous publions cet article pour confirmer ce dépôt de plainte.

Si la plainte va être déposée devant la justice française, c’est que les propos du ministre algérien ont été, notamment, diffusés sur YouTube, un média à diffusion internationale. Par ailleurs, la RAM possédant un bureau à Paris, peut prétendre à relever des juridictions françaises.

« La Royal Air Maroc transporte autre chose que des passagers »

La décision de la compagnie marocaine fait suite aux propos tenus le 20 octobre dernier par le chef de la diplomatie algérienne lors de l’université d’été du Forum des chefs d’entreprises (FCE). Devant un parterre d’hommes d’affaires réunis à Alger, Abdelkader Messahel s’en était violemment pris à la RAM, en sous entendant que celle-ci s’adonnait au trafic de stupéfiants. « La Royal Air Maroc transporte autre chose que des passagers, et cela tout le monde le sait. On [l’Algérie, NDLR] n’est pas le Maroc ! », avait-il lancé ce jour là.

Le ministre algérien des Affaires étrangères s’est également attaqué aux banques marocaines, qu’il accuse de faire du blanchiment d’argent provenant du même trafic de drogue. « Les banques marocaines, c’est le blanchiment du haschisch, tout le monde le sait, avait ajouté le ministre algérien. Et ça, ce sont des chefs d’État africains qui me le disent. Si ça c’est une banque, je ne sais pas… »

La plainte des banquiers à l’étude

À l’instar de la RAM, le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) a sollicité un cabinet d’avocats parisien pour étudier la possibilité d’un dépôt de plainte contre la même personne et pour les mêmes motifs. « Les banques marocaines sont au stade de la réflexion et n’ont pas encore décidé s’il fallait ou non porter l’affaire en justice », indique un avocat à Paris qui souhaite garder l’anonymat.


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Les accusations portées par Abdelkader Messahel contre ces deux institutions marocaines avaient déclenché une crise diplomatique entre le Maroc et l’Algérie, deux voisins qui entretiennent déjà des relations globalement proches de l’encéphalogramme plat.

Rabat avait convoqué le chargé d’affaires de l’ambassade d’Algérie au Maroc et rappelé son ambassadeur à Alger pour consultation. Bien que celui-ci ait regagné son poste, les relations entre les deux capitales demeurent tendues.

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