Tunisie : nouveau report des municipales à la demande de la troïka au pouvoir

Pendant l'élection présidentielle, en décembre 2014, à Tunis. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Pour la quatrième fois, le premier scrutin local depuis la chute de Zine El Abidine Ben Ali a été reporté. Les trois partis au pouvoir évoquent des contraintes techniques et la non-consultation des mouvements politiques.

En octobre dernier, l’Instance supérieure indépendante des élections (ISIE) avait annoncé que les élections municipales allaient avoir lieu le 25 mars 2018. Il n’en sera rien. Les trois premiers partis à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) souhaitent une date sur laquelle s’accorderaient tous les partis. Ils évoquent également des contraintes techniques qui empêcheraient la tenue de ce scrutin dans les délais annoncés.

La nouvelle troïka, composée par Nidaa Tounes, Ennahdha et l’Union patriotique libre (UPL), estime que le Code des collectivités locales doit encore être amendé et adopté par l’Assemblée.  Elle souligne que la date du 25 mars était un choix pris par l’ISIE sans consultation des partis et avance que tout le processus électoral doit encore être validé, avant le 25 décembre 2018, par le décret présidentiel convoquant les électeurs aux urnes.

Les dessous politiques

Mis en mauvaise posture par la position inattendue des trois partis, le président de l’ISIE, Mohamed Tlili Mansri, désigné il a tout juste un mois, affirme qu’il ne s’agit pas d’un report mais « d’une révision de calendrier » qui n’entache en rien le processus électoral. C’est également l’argument avancé par Wissem Saïdi, membre de Nidaa Tounes, le parti au pouvoir. Ce dernier estime que le report est juste « un léger décalage » qui permettra de mieux sensibiliser les abstentionnistes aux enjeux des municipales.

Les deux partis se disent fins prêts pour le 25 mars mais font preuve d’une étrange mansuétude envers leurs adversaires politiques. « Nous refusons de participer à des élections dont certains contestent la date et que d’autres prévoient de boycotter. Le 25 mars était une proposition de l’ISIE et non une décision discutée avec les partis concernés», précise Mongi Harbaoui, porte-parole de Nidaa Tounes.

Stratégie du consensus pour défendre des intérêts particuliers

Encore une fois, Ennahda et Nidaa Tounes tentent de pratiquer la stratégie du consensus qui leur est devenue coutumière mais qui vide les décisions de leur portée. Leur poids numéraire leur permettra d’influer sur la date du prochain rendez-vous électoral mais dix partis s’opposent à cette manœuvre et exigent d’être consultés par l’ISIE.

Des indiscrétions, recueillies au sein d’Ennahda, dévoilent une autre raison à cette demande de report. Sûre de l’emporter haut la main, la formation islamiste ne souhaite pas une victoire éclatante qui mettrait en doute la transparence des élections et voudrait que ses alliés politiques bénéficient également du scrutin. Dans tous les cas, Ennahda est assurée de mener le jeu politique local.

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