Agroalimentaire

Pêche : à l’OMC, Dakar défendra un traitement spécial et différencié pour les PMA et les ACP

NDangane, village de pêcheurs au Sénégal. © Jacques DU SORDET/EditionsduJaguar

Lors du 11e Sommet de l'Organisation mondiale du commerce, l'un des seuls accords attendus devrait porter sur l'interdiction des subventions pour les navires ayant été impliqués dans des activités de pêche illégale. Par la voix du Sénégal, les PMA plaideront pour un texte plus ambitieux, prenant en compte les spécificités de la pêche artisanale vivrière.

Le 11e sommet de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) se tiendra à Buenos Aires du 10 au 13 décembre. Les ministres du Commerce et les hauts fonctionnaires des 164 États membres discuteront notamment des questions agricoles.

Si les négociations s’annoncent difficiles, il est en revanche probable qu’un accord pourra être trouvé en ce qui concerne les subventions à la pêche. « On s’attend bien à avoir un accord, encore faut-il savoir s’il s’agira d’un accord ambitieux ou d’un accord minimaliste », commente Papa Gora Ndiaye, économiste et directeur exécutif du Réseau sur les politiques de pêche en Afrique de l’Ouest (Repao), qui fera partie de la délégation sénégalaise à Buenos Aires.

A minima, l’accord portera sur l’interdiction de subventionner les navires qui s’adonnent à la pêche illégale

« A minima, l’accord portera sur l’interdiction de subventionner les navires qui s’adonnent à la pêche INN [illégale, non déclarée et non règlementée]. Cela me semble tellement évident qu’à mon sens il n’y aurait même pas besoin d’un accord là-dessus : il s’agit d’une pêche pirate ! A contrario, un accord complet et ambitieux pourrait englober une interdiction de subventionner que permette d’augmenter les capacités de pêche sur les stocks surexploités et inclure un traitement spécial et différencié pour les Pays les moins avancés (PMA) et certains pays en développement qui dépendent d’une pêche artisanale et vivrière. Il faudrait pour ces pays des dispositifs transitoires, et la possibilité d’augmenter leurs capacités sur les ressources qui ne sont pas encore surexploitées », explique-t-il.

La pêche, premier poste d’exportation du Sénégal

C’est la position, déposée par le Cambodge, que Dakar défendra au nom du Groupe des pays les moins avancés, dont le Sénégal est membre. « C’est un grand pays de pêche, avec une production de 450 000 tonnes par an. C’est notre premier poste à l’exportation. Quant à la consommation, elle est estimée en moyenne à 25 kg par an et par habitant, avec de grands écarts entre les zones enclavées et les zones côtières, où elle peut atteindre 90 kg par an », précise Papa Gora Ndiaye.

« 20 000 pirogues prennent la mer chaque jour pour une pêche de subsistance. Cela représente environ 100 000 emplois. Si l’on ajoute toute la chaîne de valeur, les transformateurs, les vendeurs, les charpentiers…, le secteur fait vivre 600 000 personnes », précise Mamadou Goudiaby, directeur des pêches maritimes du Sénégal. Ce dernier insiste sur la nécessité de maintenir des subventions sur la sécurité (gilets de sauvetage…), ainsi que sur l’acquisition de matériel, notamment des moteurs. « Si jamais ce type de subvention est interdit, nous demanderons un moratoire de trois ans pour les PMA et les pays en développement. En effet, l’acquisition de moteurs permet non seulement aux pêcheurs de se rendre plus vite sur les lieux de pêche, mais aussi un retour plus rapide et donc une meilleure conservation des produits. C’est donc un bonus sur la qualité », affirme-t-il.

Une décision reportée depuis 2001

À côté des PMA, « six ou sept groupes de pays sont actifs dans les négociations », indique Papa Gora Ndiaye, qui cite notamment la Norvège et la Chine qui font des « propositions minimalistes », les pays d’Amérique latine qui mettent l’accent sur une interdiction des transferts de capacités entre pays ou encore l’Union européenne « qui propose un accord plus ambitieux ». Le directeur du Repao déplore en outre l’absence de transparence de la Chine, « qui est un pays clé pour le secteur mais dont il est très difficile d’avoir une vision globale des subventions qu’elle pratique ».

Un des enjeux du débat portera sur la définition de la pêche artisanale. « La question se posera par exemple de faire ou non une différence entre la pêche vivrière et une pêche qui peut être artisanale, mais dont les produits sont voués à l’exportation », estime Papa Gora Ndiaye.

Au final, Mamadou Goudiaby estime que « les négociations sont bien parties, même s’il reste des points de divergence ». Il se montre ainsi optimiste quant à la conclusion du sommet et se réjouit « que l’OMC puisse intervenir pour permettre une gestion durable des stocks dans tous les océans ».

Ce report incessant porte préjudice à tout un secteur menacé par la surexploitation

Pour Papa Gora Ndiaye, il serait temps qu’une décision soit prise : « Le sujet est dans l’agenda des rencontres de l’OMC depuis 2001, et un texte a déjà été soumis en 2005 à Hong Kong. Ce report incessant porte préjudice à tout un secteur menacé par la surexploitation. »

Pourtant, selon lui, l’accord sera forcément incomplet : « On peut déjà avancer le fait qu’il ne concernera que la pêche maritime, alors que les pêches continentales et l’aquaculture sont également très importantes et peuvent impacter largement l’environnement. Cela pourrait entraîner un déséquilibre », estime-t-il.

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