Togo : le gouvernement annonce des « mesures de décrispation » pour favoriser le dialogue politique

Par - Correspondant à Lomé

Le président togolais Faure Gnassingbé, à Lomé, le 25 avril 2015. © Erick Kaglan/AP/SIPA

Le gouvernement togolais a annoncé jeudi avoir pris des « mesures d’apaisement et de décrispation ». L’objectif est de favoriser l’ouverture du dialogue politique proposé par Faure Gnassingbé pour tenter de sortir de la crise politique que traverse le pays depuis le 19 août.

Pas moins de six ministres ont été mobilisés, ce jeudi 7 décembre, pour rencontrer la presse. L’enjeu est de taille et le gouvernement entend montrer qu’il est mobilisé. Il s’agit de présenter les différentes « mesures d’apaisement et de décrispation » qui ont été prises « afin de créer une atmosphère de confiance et de sérénité ». Objectif déclaré : permettre l’ouverture d’un dialogue politique pour résoudre la crise qui secoue le pays depuis trois mois.

Levée des interdictions de manifester

Neuf dispositions* prises « depuis le 6 novembre » sont listées par le gouvernement. Le gouvernement a notamment annoncé la « levée des restrictions temporaires qui avaient été décidées pour limiter les marches et les manifestations de rues en semaine ».

Autre mesure : « L’allègement du dispositif de sécurité déployé à Sokodé, Bafilo et Mango » et la promesse de « prise en charge par le Gouvernement des personnes blessées lors des manifestations ».

« Aujourd’hui, toutes les conditions sont réunies pour permettre le démarrage du dialogue, et nous sommes convaincus que la confiance et la décrispation ne pourraient s’affermir que lorsque les acteurs politiques se retrouveront autour d’une table pour débattre des projets et programmes politiques et aussi rechercher des solutions communes et viables au bon fonctionnement de notre démocratie », a indiqué le ministre Gilbert Bawara dans sa déclaration préliminaire.

L’opposition réticente au dialogue

Des invitations seront envoyées par le gouvernement aux responsables des partis politiques pour des discussions en prélude à l’ouverture du dialogue. Ces rencontres devraient, selon Gilbert Bawara, permettre aux différentes parties de s’entendre sur les modalités du dialogue proprement dit.

L’optimisme du gouvernement contraste cependant avec les récentes déclarations des leaders de la coalition de l’opposition qui ont menacé de ne plus dialoguer avec le pouvoir. Motif, un accrochage entre les forces de l’ordre et des manifestants à l’issue de la marche du 02 décembre. « Si les choses continuent comme cela, on arrête tout », avait indiqué Jean-Pierre Fabre, le chef de file de l’opposition.

Pour Yark Damehane, ministre de la Sécurité et de la Protection civile, ces incidents étaient dus à des « incompréhensions » sur le trajet autorisé pour les manifestations. Yark Damehane a souligné que le gouvernement était disposé à offrir une protection policière à tout leader de l’opposition qui en ferait la demande.


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Mais le calendrier du dialogue proprement dit reste inconnu. Le gouvernement s’est contenté de réaffirmer sa volonté de « faire davantage » pour créer les conditions nécessaire à son « ouverture rapide » afin de soulager notamment les opérateurs économiques fortement pénalisés par ces mois de tensions politiques dans le pays.


(*) Les mesures de « décrispation » annoncées par le gouvernement togolais (Source : document diffusé le 6 décembre :

1.     La levée des restrictions temporaires qui avaient été décidées pour limiter les marches et les manifestations de rues en semaine ;

2.     La mise en place d’un dispositif concerté pour encadrer les manifestations et prévenir les risques de débordements et d’incidents ;

3.     La restitution des engins à deux roues saisis, à Lomé, lors de la manifestation du septembre 2017 et ce, après 22 heures ;

4.     La libération, suite à une mesure de grâce présidentielle, de 42 personnes, membres de la coalition des 14 partis, qui avaient été interpellées, jugées et condamnées à des peines de prison ferme pour délits divers commis en marge des manifestations. Il en est de même pour le secrétaire général du PNP. Des mesures supplémentaires sont encore à l’étude en faveur d’autres personnes jugées et condamnées pour les faits similaires. Pour ce qui concerne les personnes interpellées et dont les dossiers sont en cours d’instruction, notamment le cas des imams de Sokodé et de Bafilo, des mesures sont envisagées en leur faveur et ce, dans le respect des règles de la procédure judiciaire.

5.     Concernant les personnes inculpées dans l’affaire des incendies des marchés, la justice a procédé à la levée de la mesure de contrôle judiciaire à laquelle était soumis Monsieur Jean-Pierre FABRE. Pour ce qui est des autres personnes en détention provisoire dans la même affaire, la procédure d’instruction est quasiment bouclée et des mesures de clémence pourraient être envisagées à l’issue du procès.

6.     L’allègement du dispositif de sécurité déployé à Sokodé, Bafilo et Mango. En effet, il convient de rappeler qu’à l’issue de la visite que le Chef de l’Etat a effectuée le 25 novembre 2017 à Sokodé, des mesures ont été prises avec effet immédiat pour favoriser la normalisation des activités dans ces localités.

7.     La prise en charge par le Gouvernement des personnes blessées lors des manifestations ;

8.     La disponibilité du Gouvernement à étudier avec les partis politiques les conditions et les modalités pouvant permettre une reprise progressive des manifestations dans les villes de Sokodé, Bafilo et Mango, en tenant compte des défis sécuritaires liés à la circulation des armes et de munitions dérobée. Il est évident que pour ce cas précis, les mesures envisagées sont liées au comportement responsable des partis politiques qui doivent s’abstenir des appels à la haine et à la violence ;

 9.     La disponibilité constante du Gouvernement à prendre toutes mesures de sécurité et de protection au profit des leaders des partis politiques qui en font officiellement la demande auprès des services compétents de l’Etat, etc.

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