Traitement contre le VIH : des militants exigent un accès abordable en Algérie

La couverture du traitement contre le VIH est de 43 % pour les pays subsahariens membres de l'OIF. © DR

De nombreuses discussions, qui s'apparentent parfois à des bras de fer, ont lieu entre la société pharmaceutique ViiV Healthcare, des militants associatifs et les autorités algériennes. Le but : trancher sur les modalités de distribution et les coûts d'un médicament utilisé par les personnes séropositives.

Des activistes, notamment marocains, ont profité de leur présence à Abidjan pour la 19e édition de la Conférence internationale sur le sida et les IST en Afrique, du 4 au 9 décembre, pour organiser une petite manifestation le 5 décembre sur le site de l’événement.

Selon eux, en Algérie, les personnes séropositives n’auront pas accès à un prix abordable à la molécule Dolutegravir, un antirétroviral commercialisé sous le nom de Tivicay et dont l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande l’utilisation dans la lutte contre le VIH. Et ce, alors que le traitement sera accessible sur le reste du continent dès 2018 à des tarifs abordables.

L’exception algérienne

Le Dolutegravir est produit par la société ViiV Healthcare, filiale du groupe Glaxosmithkline dont le siège est en Grande-Bretagne. Il se trouve que ViiV a cédé ses droits de brevets sur le Dolutegravir sur l’ensemble du continent africain en 2016, en accord avec Medicines Patent Pool (MPP), une organisation de santé publique soutenue par les Nations unies et basée en Suisse, « dont la mission est d’améliorer l’accès aux traitements abordables et adaptés contre le VIH (…) dans les pays à revenu faible et intermédiaire », selon leur site. À l’exception de l’Algérie donc, où ViiV détient des droits de brevets jusqu’en 2026.

Contacté par Jeune Afrique, ViiV explique que « l’octroi de licences volontaires (autorisation de produire, de vendre ou d’importer un médicament accordée par le détenteur d’un brevet, ndlr), via le MPP et directement avec les fabricants de génériques, est l’un des moyens utilisés pour permettre l’accès à tous les pays les moins développés, à faible revenu, à revenu moyen inférieur et à l’ensemble des pays d’Afrique subsaharienne. »

Et notre interlocuteur de poursuivre : « Dans le cas des pays à revenu intermédiaire supérieur, comme l’Algérie, nous avons une politique de prix flexible de façon à améliorer l’accessibilité financière, qui tient compte du revenu national brut et de l’impact de l’épidémie. »

L’exemple du Maroc

Cette situation ne convient pas aux militants qui se sont fait remarquer à Abidjan. Deux associations sont à l’origine de la fronde : ITPC-Mena, branche maghrébine et moyen-orientale de la Coalition internationale pour la préparation au traitement, et Aniss, une association algérienne.

Ces dernières craignent que le Dolutegravir soit commercialisé au prix fort en Algérie. Dans les pays développés, le traitement pour un an revient à environ 14 000 dollars par patient, là où les versions génériques attendues en Afrique en 2018 reviendront à un peu plus de 40 dollars par an et par patient.

L’option qui remporte l’adhésion de nombreux militants, en l’absence d’un geste de ViiV, serait l’émission d’une licence obligatoire. Autrement dit, une prise de décision de l’État algérien, qui a la possibilité formelle d’autoriser un tiers à fabriquer un médicament sans l’autorisation du titulaire du brevet.

La société civile est peu écoutée par les autorités algériennes

Mais le fait est que « la société civile est faible en Algérie et, surtout, peu écoutée par le gouvernement », nous glisse un militant. Celui-ci ose le parallèle avec le Maroc, où le tissu associatif, ITPC-Mena et la puissante Association de lutte contre le sida (ALCS) ont avancé main dans la main avec le gouvernement et le ministre de la Santé d’alors, El Houcine Louardi, pour négocier avec ViiV en 2016.

Au Maroc, la molécule sera bien accessible pour un prix compris entre 40 et 45 dollars environ pour une année. Depuis Abidjan, ITPC-Mena a d’ailleurs diffusé un communiqué revenant sur la « victoire » obtenue au Maroc, en Tunisie et en Libye.

Une source associative, qui requiert l’anonymat, croit savoir que « tout cela est symbolique pour ViiV. S’ils cèdent sur l’Algérie, pays à revenu intermédiaire selon la Banque mondiale, alors d’autres exigeront le même principe pour des pays comme la Thaïlande ou le Brésil. »

Des discussions en cours pour intégrer l’Algérie dans le dispositif

Les contacts entre ViiV et ITPC-Mena ne sont pas pour autant rompus. Le 7 décembre, une rencontre discrète s’est tenue entre les représentants de l’entreprise et ceux de l’association à Abidjan, nous confie-t-on. Et des responsables de ViiV avaient déjà eu l’occasion de discuter avec des militants marocains et maghrébins lors d’une rencontre organisée par ces derniers à Marrakech en novembre dernier.

« Lors de cette rencontre, ils s’étaient montrés catégoriques quant à l’exclusion de l’Algérie de l’émission d’une licence volontaire pour le continent », nous explique Zakaria Bahtout, membre d’ITPC-Mena. Celui-ci ajoute : « Nous et nos partenaires en Algérie allons nous tourner vers les autorités publiques. »

Du côté de ViiV, on répond au final à peu près la même chose : « Depuis 2014, nous collaborons avec le ministère de la Santé et la Direction de la pharmacie et du médicament. Nous discuterons prochainement des solutions permettant d’accéder à Tivicay. »

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