Restitution des crânes d’insurgés algériens : Macron demande un « geste » pour les harkis

Par Jeune Afrique avec AFP

Emmanuel Macron dans les rues d'Alger, ce jeudi 7 décembre. © Anis Belghoul/AP/SIPA

A l'occasion de sa visite en Algérie mercredi, Emmanuel Macron s'est dit « prêt » à ce que Paris restitue les crânes de révoltés algériens tué au XIXème siècle conservés au Musée de l'Homme à Paris. En échange, il a réclamé des autorités algériennes de faciliter le retour au pays des harkis et fils de harkis qui le souhaitent.

Elle n’aura duré qu’une douzaine d’heures, mais la visite d’Emmanuel Macron à Alger mercredi était très attendue. En marge de rendez-vous avec les dirigeants algériens et d’un bain foule dans les rues de la capitale, le président français a accordé une interview au site d’informations TSA (« Tout sur l’Algérie »). L’économie, la jeunesse ou encore la coopération dans la lutte contre le terrorisme figuraient parmi les dossiers abordés, au même titre que le délicat sujet de la mémoire.

Le credo de Macron : ni déni, ni repentance

Je souhaite accéder au demande algérienne sur [la restitution des crânes]

Interrogé sur les mesures qu’il comptait prendre dans ce domaine, Emmanuel Macron a assuré n’être « ni dans le déni ni dans la repentance ». « Je souhaite qu’on ravive la relation avec le travail mémoriel entre nos deux pays, que la restitution des crânes soit décidée, je la déciderai, je suis prêt », a-t-il annoncé, avant d’ajouter « tout un travail législatif doit être fait mais je souhaite accéder au demande algérienne sur le sujet ».

Des universitaires français et algériens demandent depuis plusieurs années que soient rapatriés les restes de 37 Algériens qui s’étaient révoltés durant la deuxième moitié du XIXe siècle contre la colonisation française et dont les crânes sont entreposés depuis la fin du XIXe siècle au Musée de l’Homme à Paris.

Un épisode douloureux de l’histoire entre la France et l’Algérie qui avait notamment fait l’objet, fin mai 2016, d’une pétition à l’initiative d’un écrivain algérien, Brahim Senouci, réclamait également la restitution de ces restes à l’Algérie. La faible mobilisation n’avait pas permis d’exercer de pression sur les autorités françaises.

Retour des harkis : « Un geste fort »

En échange de ce geste, le président français dit attendre une forme de réciprocité de la part des autorités algériennes. Lors de son interview avec TSA, Emmanuel Macron a ainsi abordé le question du retour des harkis, qu’il a lié directement à son annonce concernant la restitution des crânes des insurgés algériens. « Je pense qu’il est important que de part et d’autres ce travail mémoriel avance. J’attends aussi qu’il puisse y avoir des gestes du côté algérien. Il y a beaucoup de harkis, d’enfants de harkis qui voudraient pouvoir revenir ici [en Algérie] », a-t-il expliqué, estimant que « ça serait un geste fort de réconciliation ».

« Je ne dis pas que la solution est facile. Je sais qu’il y en a qui ont encore ce traumatisme, mais je dis qu’on doit pouvoir ensemble, étape par étape, régler chacun de ces problèmes et dénouer les choses », a conclu Emmanuel Macron sur le sujet.

Fortes attentes côté algérien

Le ministre algérien des moudjahidines, Tayeb Zitouni, avait récemment indiqué « attendre beaucoup » de la visite du président français, « compte tenu des déclarations d’Emmanuel Macron lors de sa précédente visite ». Durant la campagne électorale française, le futur président avait en effet qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité », provoquant un tollé au sein de la droite et de l’extrême droite en France.

Alors que la « question de la mémoire » des 130 ans de colonisation (1830-1962) et de la Guerre d’Algérie pèse toujours sur les relations entre Paris et Alger, Emmanuel Macron a assuré ne pas être « otage du passé ».

« Nous avons une mémoire partagée. Il faut en tenir compte. Mais je souhaite désormais, dans le respect de notre histoire, que nous nous tournions ensemble vers l’avenir », a-t-il expliqué dans une interview publiée par la presse algérienne mercredi.

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