Biennale africaine de la photographie : Samuel Fosso, un pape noir à Bamako

Par - Envoyé spécial à Bamako

Les photos de Samuel Fosso s'exposent à la Galerie Medina, à Bamako. © Nicolas Michel pour JA

A l'occasion des 11èmes Rencontres de Bamako, le photographe camerounais Samuel Fosso s'expose en souverain pontife. Afrofuturiste, n'est-ce pas ?

Un pape à la Medina, il fallait oser ! C’est pourtant bien ce que le photographe-caméléon Samuel Fosso a fait en exposant son monumental #25568 Black Pope à la Galerie Medina de Bamako, à l’occasion de la 11ème Biennale de la photographie africaine. La main levée en geste d’accueil, le regard empreint de suavité chrétienne, le Camerounais incarne à la perfection un pape à venir, comme il incarna à travers ses différents autoportraits grimés Patrice Lumumba, Angela Davis, Malcolm X, Kwame Nkrumah et bien d’autres encore…

Fosso est d’autant plus crédible en pape noir qu’il s’est procuré les vêtements utilisés pour réaliser cette image chez Gammarelli, le tailleur officiel des papes… Imaginer un souverain pontife venu d’Afrique, c’est sans doute l’utopie la plus frappante dans cette édition des Rencontres de Bamako placées sous la thématique Afrotopia, en référence à l’ouvrage de l’intellectuel sénégalais Felwine Sarr.

Black Pope Series - 2017 - #1 © Samuel Fosso

Il est plus facile d’imaginer un afronaute ou la téléportation qu’un pape noir

« Quels que soient les différents futurs que nous imaginons, pouvons-nous vraiment espérer qu’il y aura un jour un pape noir ? s’interroge le commissaire d’exposition invité Azu Nwagbogu. Il est plus facile d’imaginer un afronaute, le tourisme spatial ou la téléportation qu’un pape noir. »

Le « Black Pope » de Samuel Fosso, lors de la Biennale de Bamako 2017, à la Galerie Medina. © Nicolas Michel pour JA

Installé au premier étage de la galerie La Medina, bel espace défendu avec détermination par Igo Diarra, le pape noir de Samuel Fosso voisine avec les œuvres de deux autres artistes, Kadara Enyeasi et Osborne Macharia, réunis pour une exposition intitulée Afrofuturisme, les transhumains conçoivent une nouvelle vision pour l’Afrique.

Les parias futuristes d’Osborne Macharia

Les portraits fictionnels d’Osborne Macharia, réalisés avec « des modèles exclus par la société et considérés comme des parias », sont particulièrement saisissants, projetant le visiteur dans une dimension temporelle inconnue, qui appartient presque autant au passé qu’au futur.

« Nous avons la nostalgie d’un passé dans lequel nous aspirions au futur », propose encore Nwagobgu – affirmation qui pourrait constituer une bonne définition de l’Afrofuturisme, ce mouvement aux contours flous dont beaucoup de jeunes artistes africains se réclament.

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Face au portrait intitulé Macicio d’Osborne, reste l’impression tenace de se trouver face à un personnage tout droit sorti de Mad Max… Et pourtant le passé n’est pas loin : « Pour Macicio, Osborne a photographié des hommes portant des appareils oculaires censés avoir été utilisés durant l’insurrection par les combattants Mau Mau afin de voir leurs ennemis la nuit. »

Plus en phase avec le thème général de ces Rencontres, l’exposition de la Galerie Medina offre une occasion exceptionnelle de saluer le travail de Lassana Igo Diarra qui se bat bec et ongles, à longueur d’année, pour défendre la culture à Bamako, et au-delà de Bamako.

Le beau livre qu’il vient de publier aux éditions Balani’s, intitulé Au cœur de Bamako, permet de se rendre compte du travail accompli jusqu’à ce jour. Espérons qu’il se poursuive encore jusqu’à l’avènement d’un pape noir.

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