Le Darfour vit un « moment dangereux » après l’arrestation d’un chef de milice

Par AFP

Des soldats tanzaniens de la Minuad, la force conjointe de maintien de la paix au Darfour de l'ONU et de l'UA, en juillet 2014. © Albert Gonzalez Farran/AP/SIPA

L'arrestation du puissant chef de milice Moussa Hilal a permis à Khartoum de renforcer son contrôle sur la région du Darfour, mais elle pourrait donner lieu à de nouvelles violences dans une région déchirée par les conflits depuis plus d'une décennie, estiment experts et diplomates.

M. Hilal, un ancien allié du président soudanais Omar el-Béchir dans la lutte contre les rebelles au Darfour, a été arrêté la semaine dernière près de Mustariaha, sa ville natale dans l’État du Darfour-Nord, après des combats meurtriers.

Le Darfour est en proie depuis 2003 à un conflit entre une minorité ethnique rebelle et le pouvoir central, dominé par les Arabes. Cette guerre a fait plus de 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon l’ONU.

« En arrêtant Moussa Hilal, ils ont monté deux clans arabes du Darfour l’un contre l’autre, estime Magnus Taylor, spécialiste du Soudan à l’International Crisis Group (ICG). C’est un moment dangereux. »

M. Hilal, influent chef de la branche Mahamid de la tribu arabe Rezeigat, a été arrêté par une unité des Forces de soutien rapide (RSF) conduite par des membres de cette même tribu, la plus importante des tribus arabes du Darfour.

Ces combats au sein des tribus, « c’est seulement un commencement », prévient Ahmed Adam chercheur associé à l’Université de Londres.

« Il n’y a pas de doutes: l’arrestation de Hilal va avoir un impact sur la sécurité et la stabilité du Darfour », ajoute-t-il.

Au cours des premières années du conflit, Moussa Hilal a été à la tête de la milice arabe des Janjawids, dont les tristement célèbres hommes armés montés sur des chevaux avaient pillé des villages et combattu les rebelles.

‘Violence interarabe’

Une force conjointe de maintien de la paix ONU-Union africaine (Minuad) a été déployée en 2007 au Darfour, une région grande comme la France.

Auparavant, cette région était le théâtre de violences entre milices et groupes rebelles. « Maintenant, l’élément le plus dangereux est la violence entre milices arabes », analyse M. Taylor.

Moussa Hilal figure sur une liste de l’ONU de personnes sanctionnées pour avoir commis des « atrocités » au Darfour. Le président Omar el-Béchir est lui-même accusé par la Cour pénale internationale (CPI) de génocide et de crimes de guerre dans cette région.

Le recours à la politique de la terre brûlée contre les rebelles avait été l’une des raisons invoquées par Washington pour le maintien de son embargo contre le Soudan.

En octobre, les États-Unis ont annoncé la levée de certaines de ces sanctions contre Khartoum, notant une baisse des violences au Darfour depuis l’an dernier.

Les autorités soudanaises assurent que le conflit est terminé, arguant qu’elles ont même lancé une campagne pour désarmer les milices.

Selon des observateurs, cette campagne de désarmement vise principalement à affaiblir Moussa Hilal après un désaccord avec Khartoum. L’influent chef tribal contrôlerait plusieurs mines d’or, selon un rapport de l’ONU.

« Moussa Hilal a été créé par Béchir pour mener la contre-insurrection au Darfour (…) mais il est récemment devenu un ambitieux » adversaire politique, analyse Ahmed Adam.

Effectifs onusiens réduits

Quelque 10 000 combattants progovernementaux ont été mobilisés pour arrêter M. Hilal, lui-même à la tête d’une milice forte de 3 000 hommes, selon des sources.

En l’arrêtant, Khartoum envoie à la communauté internationale le message qu’il « maîtrise » la situation au Darfour, explique Magnus Taylor.

« Ils +voulaient+ Hilal, pour eux il était en train de devenir une figure super-puissante », a-t-il souligné.

La violence a globalement baissé au Darfour, ce pourquoi la Minuad a réduit ses effectifs.

Mais l’arrestation de M. Hilal au moment où la force de maintien de la paix réduit ses effectifs risque d’avoir un impact négatif sur le terrain, relève un diplomate européen.

« Cela est assez inquiétant (…). Moussa Hilal est un cheikh très important et influent auprès des tribus », a-t-il dit à l’AFP sous le couvert de l’anonymat.

« Cela pourrait provoquer beaucoup de choses, beaucoup de mauvaises choses, et la Minuad ne pourra pas tout arrêter. »

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