Sida en Afrique : les hommes, premières victimes du virus

Des milliers de personnes défilent à Durban pour faire pression sur les participants à la 21e conférence internationale sur le sida qui s'ouvrait le 16 juillet 2016, en Afrique du Sud. © AP/SIPA

Moins susceptibles de se faire dépister et d'avoir accès aux traitements, majoritaires chez les prisonniers et les usagers de drogues... En Afrique, comme partout ailleurs dans le monde, les hommes représentent « l'angle mort » de la lutte contre l'épidémie de VIH, selon un rapport de l'Onusida publié ce 1er décembre à l'occasion de la journée mondiale contre le Sida.

En Afrique subsaharienne, les hommes qui vivent avec le VIH ont ainsi 20 % de chances en moins de connaître leur état sérologique que les femmes et les filles séropositives, et sont moins susceptibles à 27 % d’avoir accès au traitement. Une étude menée en Afrique du Sud par l’Onusida a par ailleurs montré que 70 % des hommes décédés de maladies associées au sida n’ont jamais cherché à se soigner.

« Au KwaZulu-Natal, province dont la prévalence au VIH est la plus élevée en Afrique du Sud, seul un homme sur quatre âgé entre 20 et 24 ans vivant avec le VIH a appris qu’il avait contracté le virus en 2015 », pointe par exemple le rapport. Et en Afrique centrale et de l’Ouest, où des efforts sont menés pour riposter efficacement au VIH, seuls 25 % des hommes séropositifs ont accès au traitement.

Des causes diverses

En cause, selon le directeur exécutif de l’Onusida, Michel Sidibé, la persistance d’un « certain machisme et de préjugés qui ne créent pas les conditions pour une sexualité débarrassée du virus ». « En Ouganda, par exemple, certains sondés ont préféré éviter de connaître leur statut sérologique pour éviter un stigmate associé à l’émasculation », analyse-t-il.

Ce décalage est aussi le résultat de « services de santé conçus pour les femmes, où ces dernières peuvent plus facilement se faire dépister lors d’examens prénataux par exemple », poursuit le directeur de l’agence onusienne. Les hommes consultent les services de soins de santé moins fréquemment que les femmes, ont moins de contrôles de santé et sont diagnostiqués d’une maladie mortelle à des stades plus tardifs que les femmes.

« La drogue par injection, qui est un mode de transmission de la maladie, est aussi un phénomène grandissant en Afrique, notamment sur l’île Maurice et aux Seychelles, note par ailleurs Michel Sidibé. Or, 80% des 12 millions de personnes qui s’injectent de la drogue sont des hommes. Même constat en prison, où 90% des détenus sont des hommes, et où la prévalence du virus est très élevée ».

« Briser la colonne vertébrale de la maladie »

Le directeur exécutif d’Onusida se montre cependant optimiste sur l’évolution générale de l’épidémie. « Nous sommes en train de briser la colonne vertébrale de la maladie », affirme-t-il, confiant. Le nombre de nouvelles contaminations, rappelle-t-il, a ainsi chuté de 48% par rapport à 2005, année qui représente le pic de l’épidémie.

À l’heure actuelle, 36,7 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde, la majorité d’entre elles, soit 25 millions, sur le continent, dont 11 millions qui n’ont pas accès à un traitement. Avec d’importantes disparités : 6 millions de séropositifs en Afrique centrale et de l’ouest, contre 19 millions en Afrique australe et de l’est.

Des progrès considérables

Un chiffre qui ne doit pas faire oublier les progrès considérables réalisés en quelques années dans cette zone. « L’Afrique de l’Est, où l’épidémie était la plus virulente, s’est vu allouer d’importantes ressources financières pour lutter contre la maladie », selon Michel Sidibé.

Le cas le plus remarquable est celui de l’Afrique du Sud, où le nombre de personnes sous traitements est passé de 90 en l’an 2000 – quand le président Thabo Mbeki doutait de la réalité de l’épidémie – à 4 millions dernièrement. Par ailleurs, au Swaziland, désormais, 90% des séropositifs sont sous traitement.

L’Afrique de l’Ouest concentre désormais 90% des nouvelles contaminations

À l’autre bout du continent, l’Afrique de l’Ouest « est désormais un peu à la traîne au niveau des traitements, notamment au niveau de la prévention pour les enfants, déplore Charlotte Sector, porte-parole de l’Onusida. Cette dernière année, on y a même noté une hausse de 35% des morts liées au sida chez les adolescents de 15 à 19 ans ». Signe d’un phénomène plus général : si la mortalité descend partout sur le continent, elle augmente chez les adolescents, et notamment chez les jeunes filles.

De plus, « l’Afrique de l’Ouest concentre désormais 90% des nouvelles contaminations », surenchérit Michel Sidibé, qui appelle à cibler désormais les grandes villes. En Côte d’Ivoire, où doit avoir lieu le prochain sommet sur la lutte contre le sida début décembre, sept enfant séropositifs sur dix vivent à Abidjan.

La faiblesse du système communautaire de santé en Afrique de l’Ouest est rendu responsable de ce décalage. Un défaut auquel Onusida entend pallier en annonçant la formation prochaine de 2 millions d’agents de santé communautaires partout en Afrique, en se basant sur l’expérience du Rwanda et de l’Ethiopie, laquelle n’a pas hésité à former 35 000 de ses agents.

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