Après le scandale de l’esclavage en Libye, l’immigration au cœur du sommet UA-UE

Le président ivoirien et hôte du sommet UA-UE, Alassane Ouattara, s'entretien avec le président de la Commission de l'UA, le Tchadien Moussa Faki Mahamat. © DR / Union africaine

Difficile de dire si les terribles images de migrants subsahariens vendus comme esclaves en Libye auront fait office d'électrochoc pour les dirigeants africains et européens. Elles auront eu néanmoins pour conséquence immédiate de placer le sujet au cœur des discussions lors de l’ouverture du sommet UA-UE qui se tient ces 29 et 30 novembre à Abidjan.

La Côte d’Ivoire étant le pays hôte, c’est à son président Alassane Dramane Ouattara (ADO) qu’est revenu l’honneur de prononcer le discours d’introduction, mercredi 29 novembre. ADO a ainsi appelé l’Union africaine et l’Union européenne « à mettre fin aux traitements inhumains en Libye ». Il a dénoncé « une situation totalement inacceptable qui nous rappelle les pires heures de l’histoire de l’humanité », appelant Africains et Européens à « intensifier les efforts pour démanteler les réseaux de passeurs ».

Condamnation unanimes

« Tous les pays ont le droit et l’obligation de gérer leurs frontières dans le respect des conventions internationales et des droits des migrants », a pour sa part déclaré Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU. Invité aussi à s’exprimer, le président du Parlement panafricain, Roger Nkodo Dang, a de son côté appelé à l’ouverture d’une « enquête internationale pour crime contre l’humanité ».

Enfin, Alpha Condé, le chef de l’État guinéen et président en exercice de l’UA a dénoncé des « faits intolérables ». « La communauté internationale doit prendre des mesures fermes », a-t-il dit.

Avant cela, le président du Ghana, Nana Akuffo-Addo, avait condamné sur son compte Twitter des pratiques qu’il a qualifiées de « violations graves et scandaleuses des droits humain ». Pour lui, « ces images tournent en ridicule la prétendue solidarité des nations africaines regroupées au sein de l’UA, dont la Libye est membre ».

Vers un texte de compromis

Dans un communiqué publié mercredi, son homologue du Nigeria, Muhammadu Buhari, également présent à Abidjan, s’est dit consterné que ses compatriotes soient vendus « comme des chèvres ». Il a promis de rapatrier tous les nigérians bloqués en Libye.


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La question a fait l’objet de débats houleux lors des huis-clos de mardi regroupant les ambassadeurs et ministres des Affaires étrangères. Selon nos sources, l’Égypte et la Libye se seraient opposés à ce que le drame de l’esclavagisme en Libye soit condamné de manière trop énergique dans le communiqué final du sommet.

Un compromis aurait été trouvé par les ministres. Le dit communiqué devrait bien condamner ces pratiques, mais aussi encourager l’Etat libyen à éradiquer ce drame.

C’est dans ce contexte que les services de la présidence française ont annoncé, en milieu de journée, l’organisation d’une « réunion d’urgence » ce mercredi sur la lutte contre les trafiquants de migrants vendus comme esclaves en Libye. La France, le Niger, le Tchad, l’ONU, l’Union africaine et l’Union européenne doivent être présents lors de cette rencontre organisée en marge du sommet. La France a pour objectif de « décliner et concrétiser la proposition d’Emmanuel Macron : sanctions contre les passeurs, démantèlement des réseaux et évacuation des personnes en danger dans les camps ».

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