Égypte : Tony Blair et l’appel du Caire

Par Jeune Afrique

Tony Blair, le 1er juillet, lors d'une conférence en Colombie. © Ricardo Maldonado Rozo/sipa

Consultant convoité, l'ancien Premier ministre britannique est très actif auprès des gouvernements africains. Sa nouvelle mission : conseiller le président égyptien Abdel Fattah al Sissi.

Tony Blair n’a pas perdu de temps. À peine un mois après l’élection d’Abdel Fattah al-Sissi (96 % des suffrages), l’ancien Premier ministre britannique (1997-2007) a été sollicité par le président égyptien pour distiller ses conseils en matière de relance économique.

Les deux hommes, qui partagent la même défiance vis-à-vis des islamistes en général, et des Frères musulmans en particulier, se connaissent bien. Le 29 janvier, déjà, Blair avait eu l’occasion de s’entretenir avec Sissi au Caire – et de lui réaffirmer son soutien – comme envoyé spécial du Quartet (Nations unies, Union européenne, États-Unis et Russie) pour le Moyen-Orient.

En tant que conseiller économique free-lance de Sissi, le Britannique, 61 ans, sera chargé de séduire les investisseurs et la communauté internationale. Blair intégrera le groupe de travail mis sur pied par le cabinet de conseil américain Strategy& sous l’impulsion des Émirats arabes unis et de l’Arabie saoudite, principaux alliés politiques et financiers de Sissi. Toujours très critiqué pour son soutien à la guerre d’Irak en 2003, le travailliste assure que cette mission au Caire est bénévole.

Toutefois, les critiques fusent : d’aucuns voient une incompatibilité entre ses fonctions d’envoyé spécial du Quartet et de conseiller économique de Sissi. L’ancien chef de gouvernement n’en a que faire. C’est sans complexe qu’il évolue, depuis plusieurs années déjà, au carrefour de la politique internationale et des affaires.

Consultant prisé, conférencier convoité, diplomate privé et philanthrope sélectif, il a bâti un discret empire diplomatico-économique, constitué d’une myriade d’entreprises et de fondations, qui lui a permis d’amasser une fortune estimée à 100 millions d’euros par le tabloïd londonien Daily Star.

AIG apporte un regard neuf

En Afrique, Blair se fait l’apôtre de la bonne gouvernance, notamment via l’Africa Governance Initiative (AIG). Créée en 2008, cette organisation multiplie les prestations de conseil auprès des gouvernements. De Conakry à Kigali en passant par Monrovia, Freetown et Djouba, ses équipes sont engagées par les ministères pour encourager les bonnes pratiques, appuyer techniquement les réformes en cours (comme la révision de codes miniers), réorganiser le fonctionnement des administrations…

En avril, Blair s’est ainsi rendu à Dakar, où il a été reçu par le président, Macky Sall, qui a fait appel à lui dans le cadre de la mise en oeuvre de l’ambitieux Plan Sénégal émergent.

Bref, renforcer des États parfois fragiles et démultiplier l’efficacité des gouvernements. En avril, Blair s’est ainsi rendu à Dakar, où il a été reçu par le président, Macky Sall, qui a fait appel à lui dans le cadre de la mise en oeuvre de l’ambitieux Plan Sénégal émergent.

"AIG apporte un regard neuf et des compétences précieuses", souligne un ministre guinéen qui a bénéficié de ses conseils. Et de citer en exemple la chargée de mission britannique auprès de la présidence, qui a convaincu Alpha Condé de se débarrasser de ses trop nombreux téléphones pour n’en garder qu’un.

"Notre modus operandi est le suivant : d’abord Tony Blair s’entretient avec le président en tête à tête pour écouter ses besoins et le conseiller, puis une équipe est dépêchée sur place et se met au travail", explique-t-on chez AIG. Parfois, le Britannique accompagne ses prestations d’un lobbying public à l’étranger, quitte à se fendre de tribunes dans les grands quotidiens européens pour défendre ses clients.

Une méthode appliquée notamment au Rwanda, accusé par les Nations unies en 2013 d’être partie prenante au conflit dans l’est de la RD Congo.